Conseil de Communauté Urbaine de Lille du 16 novembre 2007 :

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Intervention du groupe communiste

Publié le 6 mars 2009

Monsieur le président, mes chers collègues,

Tout d’abord je tiens à vous remercier, ainsi que Mme Aubry, pour l’organisation de ce débat que j’avais sollicité au nom de notre groupe, il y à plusieurs mois, suite à l’hécatombe d’emplois notamment industriels annoncés dans notre métropole. L’idée était de réfléchir ensemble sur comment ne pas laisser partir ces emplois. Car derrière les emplois, il y a des hommes et des femmes, il y a des familles entière. Ce débat permet de faire un point d’étape sur l’action de notre établissement dans le domaine économique sur la base d’un document très riche et très intéressant.

En 20 ans, la métropole lilloise à connu une importante transformation tant sur le plan de l’urbanisme que sur le plan économique. De nombreux paris se sont révélés être des choix judicieux. On pense bien entendu au tunnel sous la manche, aux TGV, au 1er métro automatisé ou encore au pôle tertiaire d’EuraLille. Pour autant, ces succès s’ils doivent nous encourager ne doivent pas nous aveugler, le chômage reste élevé et la crise industrielle perdure avec la souffrance qui l’accompagne dans nos villes et certains de nos quartiers. En juin 2007, nous comptions plus de 52 000 sans-emploi sur l’arrondissement de Lille et prés de 37 000 bénéficiaires du RMI

Certes, aujourd’hui Lille est une métropole transfrontalière qui compte, capital de la région Nord-Pas-de-Calais et véritable carrefour du nord de l’Europe. Elle dispose de nombreux atouts pour continuer à s’imposer sur le banc des métropoles européennes : 2ème pôle universitaire après Paris (90 000 étudiants chaque année) et véritable pôle décisionnel avec plus de 350 sièges sociaux (soit 50% des sièges de la région). Capitale européenne de la culture, Lille 2004 lui a donné une nouvelle notoriété. Aujourd’hui, l’accent est mis prioritairement sur l’économie des savoirs et de l’information autour de plusieurs pôles d’excellences : EuraLille 2 & 3 pour le tertiaire décisionnel, EuraSanté pour la biologie-santé ou encore EuraTechnologie pour les technologies de l’information et de la communication… En 10 ans le secteur tertiaire a créé 56 000 emplois.

Pourtant, je l’ai dit, nous constatons que le taux de chômage reste élevé et bien au-delà de la moyenne nationale. En 2006 l’INSEE établissait le taux de chômage sur la Zone d’emploi de Roubaix et Tourcoing à 13,4% soit 5 points de plus que la moyenne nationale ! Deux principales raisons peuvent expliquer la persistance d’un fort taux de chômage dans notre métropole. D’une part, si l’essor du tertiaire a été important, à contrario, le déclin industriel de la métropole s’est poursuivit et même accéléré en partie à cause des délocalisations et de la courses effrénés à la rentabilité financière. Selon les ASSEDIC, de1996 à 2005, c’est à dire en 10 ans, plus de 23 000 emplois industriels ont disparus. Cette tendance s’est poursuivie au travers des fermetures et des restructurations. On voie bien les grandes tendances qui se dégagent. Trois secteurs sont concernés : le textile qui poursuit son déclin mais aussi et c’est nouveau l’industrie graphique et les équipementiers automobiles.

L’industrie graphique, comme l’automobile, connaît au plan mondial une réorganisation de sa production. L’objectif des actionnaires est de rendre cette filière plus profitable, pour cela deux stratégies parallèles sont mises en œuvre. La première consiste à fermer les unités de production jugées insuffisamment rentables et ce, même si leur carnet de commande est plein comme c’était le cas pour la cartonnerie Pacofa à Halluin (35 salariés). La seconde consiste à mettre en concurrence les différentes usines à l’intérieur même d’un groupe pour faire pression sur les salariés, augmenter la productivité et mettre en concurrence les territoires afin d’obtenir des aides publiques plus importantes.

Sur ce point, engageons si besoins des recours juridiques quand la situation l’impose, par le biais par exemple d’une Commission de suivi des aides publiques aux entreprises, pour lutter plus efficacement contre, notamment, les délocalisations et le non-respect des engagements.

Au vu de toutes ces difficultés, nous pensons qu’il est nécessaire d’assurer un meilleur suivi préventif des entreprises. Cela pourrait prendre la forme d’une cellule de veille économique. Qui aurait pour rôle ? Faciliter le recours à des études et expertises juridiques à la disposition des comités d’entreprises et des collectivités en amont des projets de restructurations ou de plans sociaux. interpeller les pouvoirs publics pour obtenir des moratoires suspensifs aux plans sociaux en favorisant la concertation sur des projets alternatifs. Et enfin coordonner et mettre en cohérence les actions de développement territorial de revitalisation et de ré- industrialisation.

Dans une région qui a fait sa richesse par l’industrie, dans la métropole ce secteur ne représente plus que 17% des salariés du privé, contre 21% dans le grand Lyon et 24% à l’échelle nationale. Si pendant un temps les créations d’emplois dans le tertiaire ont d’une certaine manière compensé les suppressions dans le secteur industriel, aujourd’hui ce n’est plus aussi évident. Ainsi, Lille et sa métropole ont enregistré en 2005 un solde d’emploi négatif.

D’autre part, l’autre grand facteur explicatif est la nature même du changement de la métropole. Une mutation importante et rapide de la structure économique n’est pas sans conséquence sur le marché du travail et plus exactement sur le profil des salariés recherchés. En effet, la stratégie tertiaire, l’externalisation des taches dans l’industrie et la spécialisation des activités ont entraîné une diminution importante des grosses unités industrielles intégrées. A la place s’y est substituée une structure de PMI-PME dominée par les services aux entreprises et aux personnes. Si naguère l’économie locale s’appuyait sur un salariat issu en grande partie du basin d’emploi de la métropole lilloise et sur ses savoir-faire, aujourd’hui on constate que cette mutation ne lui permet plus de remplir ce rôle en particulier dans les quartiers populaires où le taux de chômage dépasse fréquemment les 30 % voire 50 %. Autrement dit un pan entier de notre population est exclu de cette nouvelle structure économique. Quels sont les débouchés pour ces populations ? Peut-on accepter une génération perdue et aidée par une politique sociale ?

Cette inadéquation entre les besoins et les qualifications est illustrée par une note des ASSEDIC parue en mai 2007. Elle nous apprend que sur l’arrondissement de Lille 43,3% des intentions d’embauche sont jugées difficiles par les entreprises plus particulièrement dans la construction et les services. Ce chiffre monte à 47,3% sur le basin d’emploi de Roubaix Tourcoing.

Il faut donc réaliser un effort bien plus important en terme de formation et de reconversion des salariés. Cela appelle à la création d’un dispositif de sécurisation des parcours professionnels capable de prévenir, d’organiser, de garantir le passage des salariés tout au long de leurs parcours professionnels dans différentes activités d’emploi ou de formation. Sur ce point, je pense que LMCU doit prendre toute sa place au sein de la mission d’enquête « sécurité-emploi-formation » mis en œuvre par la région.

L’objectif de la mission est de structurer une méthode d’intervention vis à vis des plans sociaux en associant de manière active les différents acteurs institutionnels. Cela pourrait déboucher par exemple, sur la mise en place d’un « Pass » reconversion en faveur des salariés victimes de l’insécurité sociale comme l’a d’ailleurs instauré avec succès la région Rhônes Alpes.

Mais au-delà de cet aspect, c’est peut-être sur l’ensemble de la stratégie qu’il faut s’interroger ? En effet, en délaissant l’industrie, la métropole a engendré une structure économique déséquilibrée : forte dépendance au secteur tertiaire, tissu économique composé de PME-PMI et disparition des grands groupes industriels. Or, malgré l’évolution du système économique mondial, ces derniers gardent une grande importance stratégique aussi bien en termes de stabilité économique (les PME-PMI sont leur variable d’ajustement) qu’en terme de création de richesses, sans parler du fait qu’ils contribuent fortement à la taxe professionnelle.

Certes, quelques réussites industrielles ont eu lieu, je pense notamment à l’implantation de l’usine B-Twin de Décathlon sur l’ancien site d’Altadis à Lille. C’est bien la preuve que notre métropole dispose des atouts pour attirer la nouvelle industrie du 21 ème siècle ! En outre, n’oublions pas que les avantages dont nous disposions dans la compétition mondiale dans le secteur tertiaire se réduisent peu à peu chaque jour. Dans ce domaine, la monté en puissance des pays à faible coût de main d’œuvre remet en cause la place de la France dans le monde, je pense plus particulièrement au développement des services informatiques en Inde.

Maintenir et développer une politique industrielle permettrait de consolider et de diversifier notre économie. Sur ce point, c’est dans les mentalités qu’un changement doit s’opérer pour prendre réellement conscience de l’enjeu afin de refuser la fatalité et d’agir en conséquence avec une volonté politique déterminée et durable.

Le contexte ne nous est pas très favorable. Force est de constater l’absence d’une réelle politique industrielle aussi bien à l’échelle nationale qu’au niveau européen. Le pouvoir politique français et européen a renoncé à agir pour réglementer le champ économique en laissant libre cours à la toute puissance des marchés et à ces stratégies purement financières. Autant d’éléments qui pénalisent notre métropole. Doit-on pour autant accompagner cette politique ? Ne devons-nous pas agir différemment à notre échelle ? Bien sûr notre établissement ne possède pas tous les moyens pour régler l’ensemble des problématiques posées mais elle peut être, avec la région notamment, un des lieux pertinents pour innover, expérimenter des dispositifs et des politiques qui répondent à l’attente de nos concitoyens. Cette ambition est d’ailleurs inscrite dans Schéma Régional de Développement Économique. Il est primordial de renforcer les synergies. C’est pourquoi la métropole doit y prendre toute sa place et jouer son rôle de locomotive que lui donne son statut de capitale régionale.

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