Débat sur l’industrie

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Alain Bocquet à l’Assemblée Nationale

Publié le 30 avril 2010

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Alain Bocquet

Notre groupe des députés communistes et du parti de gauche a demandé ce débat, parce qu’il y a urgence pour notre industrie qui est dans l’œil du cyclone. Medef et gouvernement feignent de s’interroger sur l’avenir d’une France sans industrie. Où sont les responsables politiques et patronaux qui prônaient l’ère postindustrielle ? Quand les députés communistes défendaient l’industrie et le « produire français », on les traitait de ringards mais en huit ans, notre part dans la production industrielle européenne a baissé de 25 %. Et notre industrie ne représente plus que 3,8 % de l’exportation mondiale.


II ne suffit pas d’avoir tenu des Etats généraux de l’industrie, pour croire que tout va changer comme par enchantement. Car toute votre politique va à rencontre des intentions affichées. Et la dure réalité est là avec les questions majeures du redressement de l’économie, du chômage et de la précarité que subissent cinq millions de Français en âge de travailler.

Un chômeur sur quatre de la zone Euro vit en France. Au moment de l’élection de Nicolas Sarkozy, le taux de chômage était de 7,8%. Il est désormais de 10%. Et la crise ne fait que s’aggraver, la situation en Grèce est là pour nous le rappeler. Quel bilan désastreux de cette Europe du capitalisme ultralibéral que vous avez construit à marche forcée du traité de Maastricht au traité de Lisbonne !

À la vérité, l’industrie est parasitée par la finance. C’est l’argent qui passe avant la production. Par exemple avec leurs filiales de crédit, Renault et Peugeot gagnent plus d’argent en vendant de l’argent qu’en vendant des voitures.

Précisément d’ailleurs, tout est là. L’un des ressorts de la crise de système actuelle est le pillage des ressources du travail par les actionnaires, les fonds de pension et autres, avec leurs exigences de rendement à deux chiffres.

Le seul enseignement tiré de la crise par les plus fortunés de ce monde, c’est : pourquoi changer ? Continuons comme avant et en pire ! Et votre gouvernement va au-devant de leurs désirs.

Tout l’effort d’Etat depuis l’automne a visé à rétablir, à coups de centaines de milliards, leur rentabilité. Du côté des donneurs d’ordres, la priorité est au cash, pas à l’investissement productif et salarial. L’étranglement de leurs sous-traitants demeure plus que jamais la règle. Mais la France peut-elle sortir de la crise sans des pans entiers de son industrie et ses PME ? Et son industrie peut-elle être facteur de croissance sans investissement dans l’emploi, les salaires et la formation ? L’argent devrait être réorienté prioritairement dans cette direction. Mais le chef de l’Etat et votre majorité ont procédé à un allégement sans précédent de la taxe professionnelle au détriment des citoyens et des collectivités. Et vous persistez dans des solutions conformes à l’intérêt du CAC 40, et contraires à celui du pays.

Vous laissez Total fermer Dunkerque et préparer le démantèlement du raffinage français. Vous laissez Renault dont l’Etat est actionnaire produire quatre voitures sur cinq à l’étranger, et Peugeot deux sur trois pendant qu’en France on liquide l’intérim et développe le chômage partiel. Ces deux grands groupes automobiles ont bénéficié de six milliards d’euros de l’Etat pour en faire quoi ? Supprimer des emplois et délocaliser à l’étranger malgré les engagements pris. Vous laissez les constructeurs du ferroviaire, titulaires de commandes publiques, expatrier les trois quart de la sous-traitance tandis que nos PME restent sur le carreau, comme c’est le cas chez Delos dans ma ville (50 emplois supprimés) et AFR à Douai (250 emplois supprimés) alors que vous prétendez relancer le fret ferroviaire ? Vous laissez Arcelor-Mittal agir au détriment de nos sites du Nord, de Lorraine et de Fos, alors que ta production mondiale d’acier progresse de 24%.

Notre industrie ne représente plus que 13,2% de remploi et 16,4% de la valeur ajoutée. Entre 2000 et 2008 elle a perdu 500 000 emplois et 180 000 de plus avec la crise en 2009.

Vous dites que, mondialisation oblige, c’est une fatalité. L’exemple allemand prouve le contraire. La part de l’industrie dans notre PIB est de 12,2% contre 17,7 % il y a encore 10 ans. Elle est du double en Allemagne et en Italie ! Mais depuis dix ans rappellent les Echos, l’Allemagne développe « le maintien sur place des laboratoires et des usines ». Et elle redresse ses effectifs industriels salariés quand ceux de la France continuent de chuter. Or, dans une balance commerciale dangereusement déficitaire c’est encore l’industrie qui représente près de 80 % des exportations françaises.

Souvent vous évoquez la compétitivité et le coût du travail en France. Mensonge là encore. Il suffit de lire l’interview récente de Madame Mathilde Lemoine, directrice des études économiques de la banque HSBC France. Je la cite : « en réalité, le coût du travail français reste inférieur à celui du travail allemand ... Au total, le coût d’une heure de travail est donc plus bas en France qu’en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et bien entendu au Danemark, en Suède ou au Luxembourg ». On ne peut mieux dire !

Votre politique industrielle laisse le champ libre aux exportateurs de capitaux : 140 milliards d’investissements directs à l’étranger en 2009 comme en 2008. Vous négligez l’effort qu’exige la recherche, inférieur en pourcentage du PIB, à son niveau de 2002. Vous démantelez l’Education nationale quand le renouvellement des technologies appelle celui des savoirs. Vous ne mettez en place aucun dispositif pour remplacer sans rupture les 40% de salariés qui, d’ici cinq ans, vont partir en retraite, puisque la part du PIB allant à la formation professionnelle régresse depuis 10 ans.

Enfin vous avalisez les délocalisations car il y a encore à ce titre 430 fermetures de sites industriels, pour 215 projets d’usines nouvelles. Et vous laissez le CAC 40 affecter en dividendes, en pleine crise, 73% de ses profits 2009 : 36 milliards pour les actionnaires ’

Accumulation de cadeaux fiscaux et d’exonérations sociales (80 milliards par an) ; octroi de prêts et de fonds publics sans contrôle ni contrepartie ; casse du droit du travail, voilà le fond de vos choix.

Sauver l’industrie exige de rompre avec l’exploitation du travail et la course aux profits. Et les moyens existent, en instaurant un crédit bancaire favorable à l’emploi et à la formation. Qu’attendez-vous pour engager cette démarche et l’adosser à la création d’un pôle financier public autour de la Caisse des Dépôts.

Il faut réorienter la Banque Centrale Européenne, l’utiliser pour tenir l’économie réelle à l’abri des marchés financiers, et promouvoir un droit d’accès aux marchés de l’Union, pénalisant le dumping social et fiscal des Etats.

Il faut créer un fonds national pour l’emploi se déclinant ensuite au niveau régional ; et créer un pouvoir suspensif des comités d’entreprise sur les licenciements économiques.

L’usage des fonds publics octroyés pour l’emploi doit être contrôlé par l’institution financeuse, la direction de l’entreprise, le comité d’entreprise et les élus locaux ...

Il est nécessaire de préciser dans les appels d’offres publics français, des règles qui permettent aux sous-traitants des donneurs d’ordre d’en bénéficier réellement.

Il faut relever les salaires et relancer les services publics indispensables à l’essor de la société française.

Une industrie française moderne, présente sur les terrains de l’innovation, du « produire autrement » et de la réponse aux besoins sociaux voilà l’enjeu ! Les Français sont très attentifs aux réponses qui seront apportées au plus imprescriptible des droits : le droit au travail.

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