Venue de Sarkozy dans le Valenciennois

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Interpellation d’Alain BOCQUET

Publié le 21 novembre 2008

Suite à l’annonce de la venue de Nicolas Sarkozy dans le Valenciennois le 25 novembre prochain, Alain Bocquet interpelle le Président de la République

Monsieur le Président de la République, On annonce votre venue dans le Valenciennois, mardi 25 novembre. Sachez alors qu’elle intervient dans un arrondissement où l’inquiétude est à son comble. Dans un arrondissement où grandit l’exaspération devant les difficultés croissantes de la vie imposées d’abord aux catégories les plus exposées et au monde du travail. Et dans un arrondissement qui n’a pas fini d’effacer les conséquences humaines, économiques, sociales et environnementales de la fermeture des mines et de la liquidation de la sidérurgie.


Aujourd’hui, les annonces de chômage technique dans l’industrie automobile, les réductions d’effectifs sont très durement ressenties par les salariés qui contestent de devoir régler la note de la crise financière, la facture des gâchis intolérables du système bancaire, des spéculateurs et des marchés boursiers. Depuis la mi-septembre la production est inscrite à la baisse chez Toyota (Onnaing) et une centaine de contrats intérimaires n’a pas été renouvelée. A Sevelnord (Lieu-St-Amand), plus de 800 contrats ont pris ou vont prendre fin d’ici le printemps 2009. Vingt et un jours chômés sont prévus jusqu’en janvier 2009. A PSA (Trith-St-Léger), recul de production de boîtes de vitesses et suppression de contrats d’intérim s’additionnent. 700 salariés sont concernés par le plan de « redéploiement national » et incités à des départs « volontaires » ! Faurecia (Lieu-St-Amand), Valenplast (Lieu-St-Amand), LME (Trith-St-Léger), autant d’entreprises qui à des titres et à des degrés divers, sont dans l’œil du cyclone. Des centaines d’emplois sont en jeu, et la liste menace de s’allonger.

Cette crise ne concerne pas d’ailleurs que le secteur automobile et les activités qui gravitent autour, mais frappe plus largement encore et sert y compris de prétexte à des liquidations. J’en veux pour preuve la fermeture de Norzinco (Anzin) propriété du puissant groupe Recylex, ex-Metaleurop. J’avais saisi votre ministre de l’Economie, Christine Lagarde, et sollicité l’intervention du gouvernement auprès de Recylex. Sa réponse « ignore » délibérément ma demande, et se borne à se féliciter de l’accompagnement social de cette casse : 34 emplois sur le carreau au nombre desquels un ex-salarié du site Metaleurop de Noyelles-Godault rayé de la carte en 2003. Vous aurez donc beaucoup de mal dans un tel contexte à faire partager le mirage du « travailler plus pour gagner plus ». Beaucoup de mal à justifier la brutalité d’une loi qui stigmatise les demandeurs d’emploi qui refuseraient deux propositions cohérentes de l’ANPE. Je renouvelle d’ailleurs le défi que j’avais lancé, de voir les 180.000 chômeurs du Nord – Pas-de-Calais officiellement recensés, les presque 2.000.000 de chômeurs français, bénéficier de la possibilité de choisir entre ces fameux « deux postes » conformes à leurs compétences, et respectueux de leurs conditions de vie ! Allez-vous abroger cette loi inique ? Mais plus encore, Monsieur le Président, vous aurez beaucoup de mal à faire partager l’idée qu’une loi doive « permettre » de travailler jusqu’à 70 ans, quand plans sociaux, délocalisations, réductions d’activités et fermetures d’entreprises font tomber le couperet du chômage sur des salarié(e)s d’à peine 50 ans.

L’économie d’entreprise est au plus mal mais le secteur public n’est pas en reste, du fait des politiques de rigueur engagées par votre gouvernement et accentuées avec la Loi de Finances 2009 et la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP).

Plus de 30.000 suppressions d’emplois publics après les sommets déjà atteints les années précédentes. C’est une catastrophe dont on n’a pas fini de mesurer les ravages pour le pays : inégalités des territoires entre eux, renforcement des difficultés de nos concitoyens, recul des solidarités, ébranlement de socles identitaires forts comme l’Education nationale, l’hôpital, la Sécurité sociale, le système de retraite …

La Poste, EDF, GDF, la SNCF, les services de l’Emploi (ANPE), des Statistiques, de la Concurrence et des Prix, etc… c’est toute l’organisation sociale et territoriale que vous mettez progressivement en coupe réglée, nationalement et dans un Nord – Pas-de-Calais, un Valenciennois où l’ensemble de ces moyens est indispensable à l’amélioration de la vie de tous. D’aucuns y voient les signes avant-coureurs et convergents d’un véritable recul de civilisation. On en ressent, comme élus de terrain, les effets et l’avancée dans nombre de situations rencontrées dans nos villes et dans nos quartiers.

Il semble que votre venue serve le but de valoriser le Contrat de Transition Professionnelle (CTP). Sachez donc que la population du Valenciennois n’est pas dupe. Elle a déjà donné, largement, dans toutes ces formes d’accompagnement précaire du chômage et des licenciements. Elle en connaît d’expérience, les limites et sait qu’elles désillusions sont drapées dans ces leurres.

Dans la crise actuelle du système où le CAC 40 dégage tout de même 99 Milliards d’euros de bénéfice total, en progression de 12 % sur l’année record 2007, si vous venez pour nous dire : « Frères, il faut mourir mais je vous amène, dans ma valise, les soins palliatifs pour vous assister … », alors là, ce serait inadmissible et scandaleux.

Le CTP, ce énième Contrat de Totale Précarité ne saurait répondre aux attentes des salariés et des demandeurs d’emploi, ni à la crise, ni à l’entrée de la France en récession. Ce dont le Valenciennois, sa population et notre pays ont besoin, c’est d’abord d’une vraie politique économique et industrielle ; c’est ensuite d’une vraie politique du crédit commençant par mettre la Banque Centrale Européenne et le système bancaire français où il manque un grand pôle de financement public, au service de la création d’activité et d’emplois. Qu’attendez-vous pour le créer comme vous y appellent notamment les députés communistes et républicains ? Et à quoi sert la Présidence française de l’Union Européenne, si elle ne fait pas avancer d’un centimètre la réorientation des missions de la Banque Centrale Européenne, l’harmonisation des politiques fiscales des Etats européens, l’amélioration par le haut du droit du travail, la lutte pour mettre en échec la concurrence entre les Etats et le dumping social auquel tous ces manquements ouvrent le champ.

Voilà de quoi nous avons besoin ! Et plus encore, d’une revalorisation immédiate des salaires et du pouvoir d’achat des ménages dont la consommation, en progressant, relancerait le moteur principal de notre économie : le marché intérieur français.

Il n’est pas nécessaire que vous veniez dans le Valenciennois si c’est pour dérouler le tapis noir des licenciements et des disparitions d’entreprises dont les actionnaires – eux ! - finissent toujours par retrouver leurs comptes. Qu’attendez-vous pour imposer à ces fauteurs de crise - et qui en profitent cyniquement -, de faire l’impasse sur leurs dividendes, au moment où la crise dont ils portent une large responsabilité, frappe si fort et s’étend ? Le Valenciennois, ses collectivités locales, veulent continuer de travailler au redressement de nos communes, de nos zones d’habitat et d’emploi, à l’essor de notre université.

Nous avons besoin de moyens nouveaux pour permettre à nos communes et communautés d’agglomération de poursuivre leurs investissements. Nous avons besoin d’aides exceptionnelles pour la santé et l’école, pour la construction de logements sociaux ; pour développer, conforter nos services publics, réaliser de grands aménagements structurants comme la liaison autoroutière A2-A23, le canal de l’Escaut entre Bouchain et Mortagne-du-Nord, dans le cadre de Seine Nord …

La mise en œuvre de telles politiques aurait un effet bénéfique sur l’activité générale, sur les dynamiques auxquelles travaillent les acteurs locaux, sur le réseau de nos TPE, PME-PMI et artisans qui sont aussi, pour peu que les moyens leur en soient donnés, créateurs d’économie et d’emplois. Monsieur le Président, avec les élus locaux, les acteurs sociaux, les forces vives, le monde du travail et de la création de notre Valenciennois qui clament haut et fort la dignité humaine des habitants de ce territoire, nous refuserons toujours d’être traités en « croque-saucisse-mendigots ». Nous ferons respecter notre dignité ! D’autant que nous ne voulons pas voir ruiner tout le travail de redressement du Valenciennois engagé depuis deux décennies.

Ces bassins de vie et d’emploi auxquels on a imposé depuis toujours des sacrifices considérables, et qui ont depuis toujours beaucoup donné pour le redressement et l’essor national exigent des solutions, des politiques à hauteur de ce riche passé, à hauteur des efforts consentis et à hauteur de ceux en cours. C’est sur tout cela que le Valenciennois revendique résolument d’être aujourd’hui entendu.

Veuillez recevoir, Monsieur le Président de la République, l’assurance de ma haute considération.

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