Assemblée Nationale

S’inscrire à l’infolettre :

J.J. Candelier intervient sur la partie "Défense" de la loi de Finances 2008

Publié le 17 novembre 2007

Discussion générale

Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues,

Si l’avenir de la défense nationale dépend de la publication du Livre blanc, j’ai le sentiment, que le Gouvernement se réfugie derrière cette échéance pour dissimuler les réformes du budget 2008 derrière un écran de fumée. C’est pourquoi j’entends faire le bilan social des réformes, ainsi que de plusieurs années de pratiques dévastatrices pour notre défense nationale.

(Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)


Tout d’abord, je regrette l’engagement du Gouvernement dans une course à l’armement, à travers l’augmentation importante, au cours de ces cinq dernières années, des crédits réservés au nucléaire, dont l’utilité contre le terrorisme est tout à fait contestable.

Concernant le personnel de la défense, le traitement qui lui est réservé est plus qu’éloquent. Le président de la commission de la défense, Guy Teissier, parle lui-même de « dégraissage des armées ».

Je relirai vos propos, monsieur le président de la commission.

La suppression de 6 037 postes s’ajoutera à celle de 68 000 postes déjà effectuée en douze ans.

Il serait souhaitable de mieux cerner les attentes des personnels militaires concernant leurs conditions de vie.

Pour le personnel civil, le chiffre des postes sacrifiés s’élève à 1 242, ce qui aura des conséquences dramatiques sur l’accomplissement de leur mission de soutien des forces. Aujourd’hui, la politique d’externalisation de leur travail porte sur ce qui était auparavant considéré comme leur « cœur de métier ». Des savoir-faire sont sacrifiés, des pans de plus en plus importants de leur activité et des missions régaliennes sont privatisés. C’est à se demander si le personnel civil a encore une place au ministère de la défense !

La poursuite de cette réorganisation ne repose sur aucune logique d’ensemble, ni aucune preuve d’efficacité. Les tâches de secrétariat, par exemple, continueront trop souvent d’être assumées par des militaires, ce qui constitue, de mon point de vue, une très mauvaise répartition du travail. Le personnel civil représente 18,6 % des emplois ministériels. Il devrait avoir droit à une perspective en matière de déroulement de carrière et de rémunération au sein de la fonction publique. C’est tout le contraire qui lui est proposé, avec l’individualisation des rémunérations, la casse du statut et la privatisation.

Par ailleurs, l’État actionnaire des entreprises de défense, à 100 % ou majoritairement, devrait avoir une influence sur leur stratégie et leur politique sociale. Aujourd’hui, les dirigeants s’occupent plus de la rentabilité financière que de la politique industrielle.

Pour Nexter, ex-GIAT Industries, des millions d’euros ont été perdus sur les marchés boursiers et des luttes intestines ont éclaté entre les dirigeants, conduisant l’entreprise à devenir le leader mondial de la suppression d’emplois. La direction entend même remettre en cause les accords sur la durée et l’organisation du temps de travail. De l’aveu même du PDG, les plans de restructuration ont conduit à la disparition de nombreuses compétences professionnelles.

La situation de l’entreprise DCNS est similaire : les carnets de commande se remplissent, mais il y a de moins en moins de travail dans les ateliers et le savoir-faire disparaît. DCNS ne fabrique plus, mais vend sa technicité et sa technologie, dans une logique d’externalisation totale de ses missions. Demain, DCNS n’aura plus de business plan, plus d’ouvriers, et plus d’ingénieurs. Elle n’aura que des actionnaires à rétribuer et sera une entreprise sans usine.

L’argent public servira alors à payer des demandeurs d’emploi, et les navires français seront achetés à l’étranger. Cette société veut se placer sur des créneaux tels que le nucléaire civil ou la sécurité des bases aériennes, qui sont des activités très éloignées de la construction navale militaire, son secteur phare.

Les déboires actuels d’EADS devraient faire réfléchir ceux qui ont décidé d’ouvrir le capital de DCNS au privé. Ce processus de destruction semble déjà bien engagé, quand on sait que les 120 cadres dirigeants de DCNS ont, l’année dernière, augmenté leurs rémunérations mensuelles de plus de 2 000 euros en six mois.

La même politique antisociale est appliquée pour la Société nationale des poudres et explosifs, la SNPE, et ses filiales. Les dernières déclarations du ministre confirment une absence totale de visibilité sur l’avenir de ce groupe. La faute ne peut plus être renvoyée au voisin : l’irresponsabilité doit cesser, y compris au plus haut niveau de l’État et des organismes de direction des entreprises.

J’ajoute enfin qu’en matière d’industrie d’armement, l’Europe, présentée par les hauts stratèges comme la solution à tous les problèmes, n’existe que pour mieux nous absorber, à l’image d’Airbus. Ce qui se passe aujourd’hui chez ce constructeur aéronautique se passera demain pour l’ensemble des industriels de la défense.

C’est à la vue de ce triste bilan que les députés communistes et républicains voteront contre ce texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)

Partenaires

‹
›

Recevoir l'infolettre :

Parti Communiste Français
Fédération du Nord

18 rue Inkermann
BP 1233 59000 Lille
Tél : 03.20.63.08.08