Culture en Région

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Corinne Donnaint : lettre à la ministre de la culture

Publié le 17 décembre 2007

Corinne Donnaint Présidente de la commission Culture du Conseil régional Nord Pas de Calais

lettre à la ministre de la culture sur le budget 2008

Mme la Ministre de la Culture

L’assemblée nationale vient de ratifier le budget proposé par le gouvernement, qui est à présent en passe d’être adopté par le sénat.

Comme de nombreux acteurs culturels qui s’interrogent sur l’avenir des conditions d’exercice de leur profession, je tiens en tant qu’élue régionale à vous faire part de mon inquiétude devant les orientations qui se profilent pour le budget de la culture 2008, et qui sont susceptibles d’avoir des répercussions sur les politiques culturelles des collectivités territoriales.


La lettre de cadrage rendue publique qui vous a été adressée cet été par le Président de la République et le premier ministre réaffirme l’objectif du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, c’est à dire à terme la suppression effective d’un poste sur deux dans les services relevant du ministère de la culture. C’est déjà le non-renouvellement de 100 à 200 emplois qui est programmé pour cette année.

Qui peut croire que ces baisses de moyens humains, imposées à marche forcée au nom d’un credo libéral dévastateur, pourraient être sans impact sur la réalisation des politiques culturelles et la qualité des interventions ? On voit de fait que le gel d’une partie des crédits aux institutions culturelles est transformé après arbitrage de M. Fillon en annulation de crédits pour 0,45% de la masse salariale et 6% du fonctionnement et de l’investissement.

On nous annonce un budget " consolidé " au niveau de l’aide au spectacle vivant, doux euphémisme pour dire qu’il stagne au regard de l’évolution générale de l’inflation. L’aide à la création et au spectacle vivant devraient pourtant être revalorisés au moment ou la question de l’emploi culturel est plus prégnante que jamais avec la fin de nombreux emplois aidés dans les structures culturelles, et la question cruciale du régime des intermittents qui est toujours en suspens.

Dans ce contexte, la baisse des crédits à la création n’est pas un signe encourageant, de même que l’injonction du président de la République à veiller aux " abus au régime d’indemnisation du chômage des artistes et techniciens du spectacle " ressemble à une provocation bien éloignée de la réalité.

Dans de nombreux domaines, alors que l’état transfère toujours plus de compétences et donc de charges en directions des collectivités territoriales, les compensations financières accordées ne sont pas à la hauteur de ces transferts. Cette logique qui aboutit à un recul de l’action publique est à l’œuvre dans les politiques culturelles. Ainsi, les aides aux établissements d’enseignement spécialisé de la musique, de la danse et du théâtre, qui relèvent désormais des collectivités territoriales, sont en diminution pour la deuxième année consécutive, juste avant que ces moyens financiers ne soient décentralisés.

Vous le savez bien, les budgets culturels régionaux se décident dans un cadre budgétaire contraint, et les marges de manœuvre restent faibles. Si une recomposition de la part de participation financières dans les structures culturelles de l’état et des régions se faisait au détriment de ces dernières, c’est l’ensemble des structures de proximité qui risqueraient d’en faire les frais.

Pour répondre à l’exigence de démocratisation, les acteurs publics que sont l’état et les régions devraient au contraire renforcer les actions conjointes et concertées.

Dans un courrier adressé à votre prédécesseur, j’avais attiré l’attention de celui-ci sur l’anomalie que constituait l’absence de participation de l’Etat au projet d’implantation d’une antenne du Louvre à Lens, en plein cœur du bassin minier du Nord Pas–de-Calais, dont la population est fortement touchée par la crise économique et sociale. Des financements ont pourtant déjà été dégagés pour des projets similaires sur le territoire national. Quelle occasion manquée de donner un signe concret en faveur de la démocratisation de la culture chère en apparence au Président de la République !

La politique culturelle française doit s’appuyer sur une responsabilité publique exigeante, garante des conditions de travail des créateurs et de l’accès à tous à une culture de qualité. Cela suppose de s’éloigner d’une logique comptable ou essentiellement tournée vers l’action économique.

Veillons, comme le rappelait récemment Jack Ralite, à ne pas passer " de l’exception culturelle à l’exécution culturelle. ".

Veuillez agréer, madame la ministre, l’expression de mes salutations respectueuses.

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