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Citadelle de Lille, automne 1941...

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Ami, si tu tombes

Publié le 20 septembre 2015

Le 26 septembre prochain, un hommage sera rendu aux otages et résistants fusillés de septembre 1941 à février 1943 à la citadelle de Lille. Mais qui étaient ces hommes ?


Au matin du 26 septembre 1941, des détonations se font entendre venant de la citadelle de Lille. Quinze otages sont passés par les armes, sans autre forme de procès, « à titre de représailles » indique un avis signé Niehoff, chef de l’Oberfeldkommandantur 670. Raison invoquée : un vol d’explosifs, dans la nuit du 22 au 23 septembre, ayant servi à saboter des voies sur lesquelles circulaient des trains notamment militaires. « Les fusillés étaient des militants communistes particulièrement actifs », précise l’avis qui comporte vingt noms. Parmi les vingt, on l’apprendra plus tard, cinq mineurs de Roost-Warendin ont préféré se pendre, l’un après l’autre, dans leur cellule. Le dernier est amené, à demi-inconscient, devant le peloton d’exécution. Il est achevé d’une balle dans la tête. Cinq communistes ont déjà été fusillés, au même endroit, le 15 septembre, également en représailles à des sabotages.

Le lourd tribut des communistes

Le 22 juin 1941, l’attaque de l’URSS par les troupes hitlériennes pousse le parti communiste clandestin à passer à un stade supérieur. Jusque là, hormis des récupérations d’armes, il s’était surtout attaché au problème numéro un de la population : l’insupportable pénurie alimentaire, le manque de travail, d’argent. Tous ses efforts tendent à faire monter la protestation. Non sans succès, en témoigne la spectaculaire grève des mineurs fin mai, que l’occupant, pour qui le charbon est vital, finit par réprimer lui-même (1). A partir de la mi-juillet 1941, le parti communiste se lance dans des sabotages, puis, fin août, s’attaque à des militaires allemands. Il le paiera cher. Rares sont les membres de son organisation spéciale de combat (l’OSC ou OS) qui survivront. Et avec eux, de nombreux militants emprisonnés. Les 75 otages fusillés entre septembre 1941 et avril 1942 dans le Nord de la France n’ont pas été choisis au hasard. Neuf sur dix sont communistes : des ouvriers pour la plupart, militants, élus révoqués. Et ce chiffre ne reprend pas les condamnés à mort par les tribunaux, comme les cinq du groupe Félicien Joly, fusillés à la citadelle le 15 novembre 1941.

L’engagement du préfet Carles dans la répression

L’un des moteurs de la chasse aux communistes est le préfet du Nord Fernand Carles (2) qui encourage les municipalités à fournir des listes de noms aux feldgendarmes, et la police à redoubler d’efforts. Début 1942, les prisons de la région sont saturées au point de devoir transférer une partie des captifs à Huy en Belgique. Dans un courrier (3) à l’administration militaire allemande, daté du 17 septembre 1941 c’est à dire entre les exécutions des 15 et 26 septembre, Fernand Carles écrit : « J’ai donné toutes instructions à toutes les administrations placées sous mes ordres, plus particulièrement aux administrations municipales et de police, pour que le communisme soit recherché et réprimé avec la plus grande énergie. L’autorité occupante m’a autorisé tout dernièrement à instaurer un camp de concentration qui fonctionne depuis le 9 septembre et recèle actuellement plus de 60 individus (4). De son côté, l’Autorité allemande s’est attaquée avec fermeté à la répression du communisme et je crois pouvoir dire que les services administratifs français ont apporté tout le concours nécessaire à l’Autorité occupante ». Si le préfet s’émeut des « arrestations trop hâtives », c’est uniquement par crainte de se mettre les Nordistes à dos. Elles seraient « susceptibles de soulever de l’émotion dans la population ouvrière », écrit-il.

Fusillés aussi : des Jocistes, des résistants isolés...

Le nombre de fusillés à la Citadelle de Lille reste incertain : probablement 37 (dont 31 communistes). Recrutés par le réseau de renseignements Kléber, Germain Lepoivre et le « Jociste » Henri Leclercq sont exécutés pour « espionnage » le 30 septembre 1941, André Baelen, du même réseau, le 12 novembre. Jean-Baptiste Jeanssens, membre d’Action 40, est fusillé le 4 octobre pour avoir tué un officier allemand venu arrêter ses deux fils, Siméon Bertin le 9 juillet 1942 pour avoir procuré des vêtements civils à un aviateur anglais. Il n’appartenait à aucun mouvement, comme le jeune « jociste » boulonnais Henri Duteil exécuté pour sabotages, le 10 février 1943. Le dernier à tomber s’appelle Georges Gravet, communiste, le 23 février 1943 (5). Mais un évènement s’est produit vingt jours auparavant : « l’invincible » armée allemande a capitulé à Stalingrad. L’espoir renaît.

Collectif Bimoi (Bibliothèque du Mouvement Ouvrier International)

  • 1 - Le premier convoi de déportés français, en juillet 1941, vers le camp d’Oranienbourg-Sachsenhausen en Allemagne sera composé de 244 mineurs du Nord-Pas de Calais arrêtés à l’issue de la gréve de mai-juin. 139 n’en reviendront pas. Les compagnies avaient fourni les listes des "agitateurs" à arrêter.
  • 2 – Fernand Carles, dont on dira plus tard qu’il entretenait des relations discrètes avec la résistance gaulliste, se suicidera en avril 1945, avant d’avoir été jugé.
  • 3 - Cette lettre a été récemment retrouvée aux archives départementales du Nord par Francis Calvet, président de la Bimoi.
  • 4 - Ce camp était situé à Doullens.
  • 5 – Un doute subsiste sur le lieu exact d’exécution de Siméon Bertin, Henri Duteil et Georges Gravet, qui pourraient avoir été exécutés au Vert-Galant et non à la citadelle de Lille.

La cérémonie d’hommage est prévue samedi 26 septembre, 10 h 45 (rendez-vous 10 h 30), à la citadelle de Lille.

Ont été fusillés

15 septembre 1941

Albert Deberdt, 39 ans, cheminot, Lomme ; Louis Doisy, mineur, 50 ans, Drocourt ; Joseph Noel, 49 ans, mineur, Drocourt ; Henri Ployart, 47 ans, cheminot, Hellemmes ; Hugo Jazack, 29 ans, mineur, Rouvroy.

26 septembre 1941

Victor Bancel, 39 ans, mineur, maire de Fresnes sur Escaut ; Arthur Brunet, 43 ans , mineur, maire de Denain ; Jules Domisse, 42 ans mineur, maire d’Aniche ; Edmond Devos, 48 ans, métallurgiste, Valenciennes ; Louis Dussart, 52 ans, mineur, Bruay en Artois ; Arthur Loucheur, 31 ans, mineur, Drocourt ; Fernand Turbant, 52 ans, mineur, Hénin-Lietard ; Louis Blondeau, 37 ans , mineur, Râches ; François Coupet, 51 ans, mineur, Auby ; Florentin Debruille, 35 ans, mineur, Râches ; Floris Durez, 31 ans, mineur, Drocourt ; Lucien Moreau, 36 ans mineur, Waziers ;
Jules Roch, 47 ans, mineur, Orchies ; Kléber Verrier, 32 ans, mineur, Sin le Noble ; Léon Petijean, 28 ans, mineur, Rouvroy. Les cinq mineurs de Roost-Warendin : Florimond Dapvril, 37 ans ; Albert Foucart, 34 ans ; Adolphe Gaspard, 32 ans ; Alexis Walquant, 40 ans ; Rodolphe Langlemez, 46 ans.

30 septembre 1941

Germain Lepoivre, 21 ans, employé de banque, Armentières ; Henri Leclercq, 20 ans, employé de bureau, Armentières.

4 octobre 1941

Jean-Baptiste Jeanssens, 45 ans, concierge, Roubaix.

12 novembre 1941

André Baelen, 26 ans, électricien, Roubaix.

15 novembre 1941

Félicien Joly, 22 ans, instituteur, Escaudain ; Maurice Dor, 21 ans, Valenciennes ; Jean Dubois, 26 ans, aide-comptable, Bruay sur Escaut ; Sandor Sérédiak, 20 ans, mineur, Bruay sur Escaut ; Charles Robiquet, 24 ans, Neuville sur Escaut.

9 juillet 1942

Siméon Bertin, 54 ans, ouvrier agricole, Brunembert.

10 février 1943

Henri Duteil, 21 ans, peintre, Saint-Martin-les-Boulogne.

23 février 1943

Georges Gravet, 31 ans, apprêteur, Roubaix.

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