Dans l’Humanité du 3 septembre 2008

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Bouclier sacré

Publié le 6 septembre 2008

Editorial de Maurice ULRICH

Le sarkozysme depuis ses débuts a quelque chose d’obscène dans son rapport à l’argent, apparu symboliquement dès le soir de l’élection présidentielle avec cette soirée au Fouquet’s, puis ce qui s’en était suivi. Très concrètement, au-delà du goût ostensible du président pour tout ce qui brille, le paquet fiscal de 15 milliards d’euros voté un mois à peine après révélait la préoccupation la plus urgente du gouvernement.

Servir les riches.

L’abus de langage de la semaine passée, appelant taxation du capital le rançonnement de l’épargne des couches moyennes et des assurances vie de plus de 12 millions de Français, relève dans ce registre de la manipulation cynique.


Et que dire des propos, lundi, de Christine Lagarde, la ministre de l’Économie, au sujet de l’ISF. Inconscience, ballon d’essai, provocation ? Alors que, depuis des mois, les Français souffrent de la baisse de leur pouvoir d’achat, alors que se succèdent les trains de hausse des produits alimentaires, de l’énergie en général et de l’essence en particulier, alors que s’annonce une récession, la ministre a une priorité. Alléger encore les impôts des plus riches.

François Fillon, il est vrai démentait ses propos le soir même. Mais c’était pour confirmer quasiment dans la même phrase, que la taxation destinée à financer le RSA ne toucherait pas les plus hauts revenus et les grands patrimoines protégés par le bouclier fiscal. Et de préciser dans un fallacieux appel au bon sens qu’il était bien normal qu’un bouclier protège les contribuables afin que l’on ne puisse travailler plus d’un jour sur deux pour l’État. Pas question de toucher au bouclier sacré. Voilà le tabou.

Manipulation là encore. Qu’est-ce que cela veut dire travailler un jour sur deux pour l’État, quand on jouit d’une fortune bâtie avec le travail des autres, avec les spéculations en Bourse, avec les dividendes prélevés, toujours plus, sur la valeur ajoutée des entreprises. Les très riches ne le sont pas grâce à leurs heures supplémentaires mais parce qu’au sein d’un rapport de forces ils profitent de la richesse produite par tous. Cela s’appelle le capitalisme et ce n’est pas dans les livres d’histoire.

Depuis les années quatre-vingt, la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises n’a fait que baisser au détriment de la part du capital. Entre 1998 et nos jours les revenus des 1 % des ménages les plus riches ont progressé de 20 % tandis que le revenu médian n’augmentait que de 4,3 %. Et ces chiffres n’intègrent même pas les cadeaux qui leur ont été faits depuis l’élection présidentielle. Les plus modestes en revanche souffrent toujours plus.

Il faudrait baisser l’imposition des plus riches pour stimuler la croissance ! La jolie fable que voilà. La croissance ne relève pas des consommations somptuaires. Elle n’est pas relancée par les masses financières qui parcourent la planète en recherche constante d’une rentabilité accrue pour aboutir aux subprimes et à la crise. La croissance, c’est d’abord la relance du pouvoir d’achat, c’est du travail qualifié avec de vrais salaires et pas de l’assistance. C’est de la formation, de la recherche, des services publics.

La taxation du capital version Sarkozy est une escroquerie intellectuelle. Une de plus.

Il est assez singulier que certains s’y laissent prendre. Nicolas Sarkozy, qui considérerait, dit-on, qu’il n’y a plus ni droite ni gauche mais seulement des modernes sans tabous et des conservateurs coincés, aurait ainsi mis la gauche dans l’embarras, et singulièrement le PS, en la devançant sur son propre terrain. Mais qui peut être embarrassé, si ce n’est ceux qui refusent d’assumer une politique qui se donne pour objectif de revaloriser vraiment le travail, d’augmenter les salaires, de regagner du terrain sur le capital au lieu de jouer sur des faux-semblants. En somme, une politique de gauche.

EVENEMENT la taxe entrera dans le bouclier fiscal

C’est la justice fiscale selon MM. Sarkozy et Fillon. Pour financer le RSA, ils prétendent « taxer le capital » en augmentant de 1,1 % les prélèvements sociaux (actuellement de 11 %) sur les revenus du patrimoine. En vérité, l’ensemble des détenteurs de ces revenus ne seront pas tous logés à la même enseigne puisque le gouvernement a décidé de faire entrer cette taxe dans le calcul du bouclier fiscal, protection offerte par le fisc aux plus hauts revenus, dont un grand nombre paient l’impôt sur la fortune (le total de leurs contributions, impôt sur le revenu, ISF, taxes foncières et d’habitation, prélèvements sociaux, ne peut dépasser 50 % de leurs revenus).

Pas de cadeau, en revanche, pour les quelque 12 millions de petits épargnants, souscripteurs d’assurance-vie, qui formeront le gros des assujettis à la taxe pour le RSA, sans aucune forme de compensation.

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