Disparition de Jeanne Colette

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Une sacrée leçon de vie

Publié le 12 décembre 2016

Elle avait fêté ses 100 ans en septembre dernier. Avec la disparition de Jeanne Colette-Dubois en ce début décembre, c’est une page de l’histoire du parti communiste qui se tourne. Elle était, en effet, la dernière survivante de cette poignée de résistants avant l’heure qui, dans le Nord, avaient tenu bon face à l’interdiction du Parti communiste, en septembre 1939, et à la répression qui avait suivi. Jeanne Colette faisait partie de cette petite équipe dirigée par Martha Desrumaux qui, bien que traquée par la police du préfet Carles, était parvenue à reconstituer, dans notre région, les premiers fils d’une organisation qui allait devenir le déclencheur de la lutte armée contre l’occupant durant l’été 41, puis l’un des principaux moteurs de la résistance intérieure. Dans ce contexte historique particulièrement sombre, il fallait une sacrée dose d’optimisme et de courage pour avoir conscience que l’Histoire n’était pas finie et oser croire encore dans un monde meilleur. Mais du courage, visiblement cette jeune ouvrière du textile née à Tourcoing n’en manquait pas.

Une page de l’histoire du Parti communiste se tourne

Jeanne Colette n’a pas 20 ans quand elle rejoint, au début de 1936, la jeunesse communiste puis, en juin, le parti communiste. Entre-temps, le Front populaire a remporté les élections législatives faisant souffler un vent nouveau sur le pays. Les travailleurs se mettent à occuper leurs usines : c’est du jamais vu. Le tout se solde par une victoire, inimaginable quelques temps auparavant, apportant les congés payés, la semaine de 40 heures et des augmentations de salaires conséquentes.

Jeanne Colette sort de cette « grande fête du peuple » plus militante que jamais. En 1937, elle participe à la création de l’Union des Jeunes filles de France et en devient la responsable pour le Nord. C’en est trop pour ses employeurs qui, en décembre de la même année, la licencient.

Les deux années qui suivent trouvent Jeanne et son époux Siméon Leroy (dirigeant pour le Nord de la jeunesse communiste) constamment en première ligne pour défendre à la fois les conquêtes du Front populaire et la République espagnole attaquée par Franco, et mettre en garde contre la montée du nazisme. Et quand, pour cause de pacte germano-soviétique (signé le 23 août 1939) le parti communiste français se retrouve hors-la-loi, le jeune couple, qui habite alors à Lille, apporte sans hésiter son aide à Martha Desrumaux pour recontacter des militants, prévoir des « planques » ou des « caches ».

La filière rouge

Mais c’est à un autre travail, bien particulier celui-là, que Jeanne est affectée en compagnie de son père Henri Colette : assurer les liaisons entre la France et la cellule technique mise en place par le parti communiste à Bruxelles afin d’éditer tracts et journaux qui seront diffusés en France. L’habitation des parents de Jeanne, au Risquons-tout à Tourcoing juste à cheval sur la frontière, se prête au passage clandestin de militants et de matériel. Henri Colette est d’ailleurs repéré par les autorités françaises et interné, au début de 1940, à la prison de Loos dont il s’évade, en mai, à la faveur du bombardement de la prison. Après le vaste coup de filet opéré par la police allemande aidée de la police française contre les principaux responsables du parti communiste clandestin dont Martha Desrumeaux dans les derniers jours d’août 1941, Jeanne Colette et son mari passent dans le « brouillard », c’est à dire dans la clandestinité totale. Jeanne poursuit dès lors entre Bruxelles où se tient l’antenne de l’Internationale communiste et la région parisienne où se cache la direction nationale du parti communiste français, un travail de liaison d’une extrême importance. L’arrestation de Jeanne Colette aurait mis en danger les plus hauts responsables du parti clandestin. C’est pourquoi, de toute la guerre, aucun des anciens camarades de Jeanne Colette au sein même de la résistance dans la région, ne sera au courant de son rôle exact. Certains croiront même qu’elle a tourné le dos au parti...

Ouvrière, syndicaliste et élue municipale

A la libération, Jeanne Colette deviendra secrétaire départementale de l’Union des Femmes françaises. Elle sera aussi élue conseillère municipale de Lille, puis reprendra le chemin de l’usine. Toujours militante, elle sera déléguée syndicale de la Lainière de Roubaix, siégera au Comité d’entreprise, puis deviendra secrétaire du syndicat CGT du textile de Fives-Hellemmes. A la fin des années 70, Jeanne Colette ira habiter Sains-du-Nord où elle sera élue adjointe au maire.

En 2007, elle avait été élevée au grade de chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur. Depuis quelques années, Jeanne Colette s’était retirée dans une maison de retraite à Bray-Dunes. Jusqu’au bout, elle sera restée fidèle à ses engagements de jeunesse. Jeanne Colette a été inhumée vendredi 9 décembre au cimetière de Neuville-en-Ferrain, où elle avait passé toute son enfance, nous laissant en guise d’héritage, une sacrée leçon de vie.

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