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Grève à EDF-GDF

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Vous avez dit "Service Public ?"

Publié le 4 mai 2009

Lettre ouverte d’un agent ERDF (Electricité réseau de France).

Objet : Lettre ouverte d’un technicien de réseau du Sud-Ouest à Monsieur Francony, Monsieur le Président du directoire d’ERDF.

Par la présente je souhaite vous faire part de graves anomalies dans l’organisation, constatées lors du dépannage suite aux derniers évènements climatiques qui ont frappés le sud-ouest de la France.

Dès l’annonce par météo France de l’avis de tempête, l’ensemble des techniciens de réseau a été mis en pré-alerte, ce qui est tout à fait normal.

Ce qui l’est beaucoup moins, c’est la décision de ne mettre qu’un chargé de conduite par département à l’ACR Pyrénées-Landes… !


Avec plus de 300 départs HTA « par terre », je ne vous décris pas la pression sur les agents, l’attente et l’énervement des PdM (personnels de manœuvre) qui attendaient une hypothétique autorisation de manœuvrer au pied des appareils de coupure, sous le regard étonné et incompréhensif des abonnés qui espéraient le rétablissement de la fourniture.

J’ai personnellement attendu près de 2h00 avant de pouvoir ouvrir un IACM. Durant cette attente j’ai eu plusieurs fois la visite de riverains qui ne comprenaient pas cette perte de temps et devenaient de plus en plus agressifs. Les collègues commençaient à « s’agacer » à la radio.

Conversation entendue dans la journée de samedi 24 janvier 2009 :

  • « Ca fait 1h40 que j’attends au pied du Jxxxx, ça serait intéressant que je le referme, il y a 47 postes au cul ».
  • « Prends ton mal en patience, attends ton tour ! Si ça peut te rassurer, tu es loin du record… ! »

Quelle image du Service Public…. ! Quelle réactivité.... ! C’est pour en arriver à ça qu’ont été entreprises toutes les réformes de structures, réorganisations et mutualisations…. C’est scandaleux !

Lorsqu’on ajoute le fait qu’il n’y avait que la radio pour communiquer car l’opérateur téléphonique choisi par nos établissements a pour le moins été défaillant et qu’il n’y avait qu’un seul numéro d’appel mis en service au PC de crise. Il y a eu un engorgement insupportable créant d’entrée de jeu une tension énorme et des situations conflictuelles liées à l’énervement et l’incompréhension qui ont sérieusement nui à l’efficacité…et nous n’en étions qu’à la phase de diagnostic !

Pour information, il n’y a plus de compétences en radio dans le secteur, il faut déplacer quelqu’un basé à Castres (plus de 300kms) pour installer un poste ou effectuer un dépannage sur une radio défectueuse.

Le lendemain, les travaux de réparation ont commencé et dés le 1er chantier, les aberrations du système ont continué entraînant de nouvelles frustrations pour le personnel. En effet, désireuse de communiquer, la Direction a convoqué la presse locale (écrite et audiovisuelle) sur un chantier où, pour faire bonne mesure, elle avait concentré de gros moyens tant humains que matériels (7 agents dont 5 TST avec leurs camions tout-terrain (2 nacelles + 1 atelier + 2 fourgons) ) alors qu’une équipe de 3 agents avec un équipement plus léger aurait été suffisant, et surtout que cette réparation n’allait permettre la réalimentation que d’un seul poste type H61 en zone rurale avec seulement un douzaine d’abonnés raccordés.

Réflexions entendues sur ce chantier :

  • « ils nous prennent pour un cirque….. »
  • « quand est-ce qu’on vient nous jeter des cacahuètes…. ? »
  • « la com c’est bien beau, nous on n’est pas là pour faire du cinéma mais pour dépanner… »

Je suis le responsable de cette équipe et je partage ce que mes collègues ont dit. Ils sont d’autant plus amers qu’il y a un constat terrible : lors de la tempête de 1999, au sein de ce groupe nous étions 22 agents, dont 3 équipes réseau + une équipe forage-levage.

Aujourd’hui nous ne sommes plus que 8, nous ne pouvons plus composer qu’une seule équipe réseau, et si nous avons toujours les compétences en forage-levage, nous n’avons plus l’engin.

Comme dans le même temps l’URE continue à fermer des sites d’exploitation, nous nous posons la question de l’avenir des « hommes en bleus » dans cette entreprise.

Je ne m’étendrai pas sur le manque cruel de matériel (merci la gestion à flux tendu) auquel nous avons partiellement pallié en puisant dans notre « magasin noir » dont personne ne veut entendre parler puisqu’il est censé ne pas exister et qui a le mérite d’être présent sur tous les sites où l’on trouve encore des exploitants dignes de ce nom et des techniciens de réseau.

Alors, Monsieur le Président, nous souhaiterions savoir :

  • Quand comptez-vous mettre en application des actes correspondant à vos paroles en termes de proximité ?
  • Quand allez-vous tirer les enseignements de ces situations « exceptionnelles » mais qui reviennent très souvent (3 évènements climatiques exceptionnels en 6 mois sur l’URE Sud-Ouest tout de même) ?
  • Quand allez-vous arrêter l’hémorragie des emplois de personnels techniques ?
  • Quand allez-vous écouter les hommes de l’art et pas seulement les gestionnaires ?

Ce qui se passe sur le terrain est proprement inadmissible et insupportable par l’ensemble du personnel qui a à subir au quotidien des pressions de plus en plus grandes de la part des abonnés, des élus et des collectivités locales, conséquence de la baisse de la qualité de nos fournitures, de la fermeture des sites, de la réduction des effectifs.

Voilà Monsieur le Président quelques réflexions à chaud, dites avec les tripes, par un technicien de réseau amer et malheureux de constater qu’année après année, campagne de dépannage après campagne de dépannage, les choses continuent à se dégrader et que cette situation est indigne du leader de la distribution d’énergie que vous annoncez vouloir incarner.

Cette lettre n’a pour but que de me vider l’esprit, tellement l’espoir de voir positivement changer les choses est faible.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mon profond respect.

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