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Françis Wurtz :

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Une tentative de putsch contre Athènes

Publié le 3 juillet 2015

On n’avait encore jamais vu cela : l’Eurogroupe excluant de fait l’un de ses membres en toute illégalité ! Nous sommes face à une forme de putsch contre un gouvernement démocratiquement élu et majoritairement soutenu par son peuple.

Ce coup de force perpétré le 27 juin se préparait depuis plusieurs jours. Ainsi, au milieu de la semaine dernière, a eu lieu une série de conciliabules entre des dirigeants européens et les principaux leaders de l’opposition grecque, à commencer par l’ancien Premier Ministre de droite battu aux dernières élections, Samaras. Il circulait déjà le nom d’un possible remplaçant d’Alexis Tsipras à la tête d’un nouveau gouvernement : celui de Yannis Stourmaras, le Gouverneur de la Banque centrale de Grèce. Présenté comme un technocrate apolitique, celui-ci est en réalité un proche de Samaras, très bien vu des créanciers européens. C’est lui qui, le 27 juin dernier, outrepassant ses fonctions, avait jeté un pavé dans la mare en sommant quasiment le gouvernement grec d’accepter les exigences des dirigeants européens.

Mais pour ouvrir la voie à un nouveau Premier Ministre, encore fallait-il trouver le moyen de faire chuter l’actuel chef du gouvernement. Ce moyen -imaginé à Berlin- était de faire éclater Syrisa en poussant Tsipras à des concessions jugées inacceptables par une partie de sa majorité. Voilà pourquoi , le 22 juin, alors que le Président de la Commission européenne lui-même, Jean-Claude Juncker, avait jugé qu’avec les dernières propositions d’Alexis Tsipras , « les bases d’un accord sont aujourd’hui réunies », Angela Merkel estima que le compte n’y était pas et qu’il fallait encore pousser plus loin les concessions d’Athènes à ses créanciers. Pour achever l’humiliation, un ultimatum fut même lancé au Premier Ministre grec. Bref : c’était la capitulation ou la porte ! C’est le refus de celui-ci de se laisser entraîner dans le reniement de son mandat et sa décision de donner la parole aux citoyens de son pays qui poussèrent l’Eurogroupe à prendre la scandaleuse décision du 27 juin. N’arrivant pas à faire céder l’intrus, et voulant éviter à tout prix le risque d’être publiquement désavoué par une majorité de citoyens grecs , il a pris la lourde responsabilité de mettre fin au programme d’ « aide » avant même la tenue du référendum du 5 juillet. [1]

Cette décision ahurissante n’est évidemment pas dictée par des raisons financières : que représente un prêt de 7,2 milliards à la Grèce quand la Banque centrale européenne (BCE) crée par ailleurs … 1140 milliards d’euros pour les prêter quasi gratuitement et sans condition aux banques européennes ! C’est un choix exclusivement politique : celui de tenter le tout pour le tout pour étouffer dans l’oeuf le souffle démocratique venu d’Athènes et appelé à se diffuser ailleurs jusqu’à mettre en péril le pouvoir de quelques potentats de plus en plus délégitimés.

L’inspirateur politique de ce coup de force est clairement Berlin. Son bras financier sera la BCE . S’ajoute à ce duo la jusqu’au-boutiste du FMI -dont la seule préoccupation est, paraît-il, de se faire réélire, ce qui suppose de donner des gages d’intransigeance. Mais , ils ne sont pas les seuls en cause : tous les gouvernements de la zone euro ont co-signé le communiqué scélérat contre Athènes -y compris le nôtre ! François Hollande avait pourtant repris textuellement à son compte l’appréciation de Juncker selon laquelle « les bases d’un accord sont maintenant réunies » ! Désormais la boîte de Pandores est ouverte. Et si la Grèce est la première victime, les dégâts économiques et politiques menacent toute la zone euro. Il n’est plus temps de finasser : entre le coup de force et la démocratie, il faut choisir son camp !

Chronique publiée dans L’Humanité Dimanche du 2 Juillet 2015.

Notes :

[1Déjà en 2011, les dirigeants européens avaient décidé de remplacer le chef du gouvernement grec et italien par des hommes de leur choix ! La différence avec aujourd’hui est qu’ils avaient alors affaire à des responsables discrédités tandis qu’Alexis Tsipras bénéficie du soutien de son peuple !

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