Réponse de Marie-George BUFFET

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Questionnaire de la CFE-CGC (Energie).

Publié le 6 avril 2007

J’ai bien reçu votre courrier et je vous en remercie. En effet, comme vous le soulignez les questions énergétiques sont au coeur des enjeux économiques et environnementaux. Elles constituent un des axes majeurs de la politique de gauche que je veux porter en France et pour l’ Europe résolument opposée aux logiques libérales.


Q1:Quelle politique énergétique européenne comptez-vous défendre dans les prochaines années ? Sur quel modèle économique et politique et quels sont vos engagements et actions concrètes à court, moyen et long terme ?

Je considère que le droit à l’énergie pour les 450 millions d’Européens doit être un des grands objectifs de l’Europe. Mais, cet objectif ambitieux doit s’harmoniser avec deux contraintes inédites : diviser par 4 d’ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre pour ralentir le réchauffement climatique et faire face à l’épuisement inéluctable à terme des ressources fossiles bon marché alors qu’elles représentent les 2/3 de la consommation d’énergie primaire de l’Europe. Pour surmonter et dépasser cette situation difficile faite d’objectifs peu compatibles entre eux dans la situation présente, il est indispensable de s’appuyer sur toute la diversité des choix techniques possibles. Ceux-ci doivent s’intégrer dans trois grandes orientations d’investissements et de recherche : réduire les pertes d’énergie au travers d’une amélioration de l’efficacité à tous les stades de l’utilisation des ressources, développer les énergies renouvelables notamment celles qui offrent des perspectives à long terme (l’hydraulique, solaire, géothermie, biocarburants), s’appuyer sur les énergies de l’atome et du charbon car la promotion des énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique ne peuvent, à elles seules, répondre aux besoins d’énergie de l’Europe. Ces deux ressources non renouvelables et robustes sont les seules qui dépasseront le 21ème siècle. Il convient sur ces deux types d’énergie : de poursuivre les efforts en direction des énergies de l’atome pour aller vers la 4ème génération des réacteurs nucléaires tout en créant les meilleures conditions de non-prolifération, de sûreté des installations et de gestion des déchets, de s’engager dans un renouveau du charbon en développant les recherches sur la capture et la séquestration du CO² émis par les chaudières au charbon. Ce dernier objectif est d’autant plus important que le charbon est le plus polluant des combustibles fossiles et que, dans l’évolution de la demande mondiale, il sera le combustible n°1 de la planète. Par ailleurs, le charbon est la seule ressource fossile disponible dans les sous-sols de l’Europe. Dans la perspective d’une croissance continue de l’urbanisation en Europe, la demande électrique pourra augmenter beaucoup plus rapidement que celle des autres vecteurs énergétiques. Le nucléaire, l’hydraulique et le charbon sont les composantes indispensables de la production d’électricité. Sur la base des ressources les plus facilement disponibles et meilleur marché, je considère qu’un des objectifs de l’Europe pourrait être d’installer une proportion importante de sources d’énergie sûres et à faible teneur en carbone dans le bouquet énergétique global de l’Union, en laissant chaque pays libre de choisir entre les sources stables et acceptables du point de vue climatique. La production électrique de base, où chaque pays se fixerait l’objectif d’avoir sur son sol les capacités de production répondant globalement à ses besoins, permettrait de réduire, notamment pour l’électricité le développement des réseaux de transport au niveau de l’indispensable solidarité entre les pays. Les orientations actuelles de l’Union ne vont pas dans cette direction. Je considère que l’Europe doit s’engager résolument vers un "autre développement" plus humain et respectueux des équilibres écologiques en changeant progressivement de système énergétique. Cet aspect est d’autant plus important que les tensions prévisibles sur les prix des hydrocarbures se font déjà sentir. Pour cela, l’Union européenne devra affronter des défis considérables. Le premier défi touche à son indépendance énergétique. Les 4/5 de la consommation énergétique de l’Europe repose sur les combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon) dont les 2/3 sont importés. Le gaz naturel en provenance de Russie représente plus de 20 % de la consommation des Européens. Si les tendances actuelles ne sont pas rapidement corrigées, la dépendance énergétique de l’Union sera de 70 % environ en 2030. Je présenterai mon approche de la sécurité énergétique de l’Europe dans ma réponse à votre deuxième question. Le second porte sur l’investissement. L’Europe libérale s’est surtout préoccupée jusqu’à maintenant de ses structures et de son marché en vivant dans l’illusion d’une situation de surcapacité d’énergie la dispensant d’investir. Aujourd’hui pour réparer les conséquences de cette illusion, la Commission européenne considère qu’il faudra dépenser entre 2005 et 2030, 40 milliards par an pour accroître les capacités de production d’électricité, de transport d’électricité de stockage et de distribution gazière. En réalité, pour engager l’Union dans les véritables changements structurels dont elle a besoin, les investissements sont bien plus importants. Le premier engagement que je prends est d’inciter l’Union à évaluer plus sérieusement les investissements à engager sur au moins quatre décennies. Ils ne concernent pas seulement la mutation à opérer dans la production d’énergie, mais aussi les mutations à engager dans la politique des transports et de l’habitat. Ces grands chantiers pour un "autre développement" sont les piliers d’une relance de l’emploi et de la qualification sur tout le continent. Le troisième défi concerne l’effort de recherche. Il touche les quatre domaines : l’amélioration de l’efficacité énergétique, le développement des énergies renouvelables, la continuité des efforts en direction des énergies de l’atome et la capture et la séquestration du CO² produit par l’utilisation du charbon. Cet effort de recherche à engager, de l’amont fondamental à l’aval industriel, est considérable. Concernant ce défi, l’Europe se trouve dans une impasse car elle s’est montrée incapable d’accroître son effort de recherche (principalement celui de son industrie privée), ce qui la conduit à ne pas respecter ses propres objectifs décidés à Lisbonne et à Barcelone (avoir en 2010, 3 % du PIB affecté à l’effort de recherche). L’Union européenne se trouve dans le domaine de la recherche sur une mauvaise pente dont on ne voit pas bien comment elle pourrait s’en sortir sans une sérieuse remise en cause de ses dogmes libéraux d’une régulation par le marché et de la concurrence. Devant le fiasco engendré par la libéralisation de l’énergie et la privatisation de ses entreprises dans les pays du monde qui les ont déjà concrétisées, je considère qu’il faut rompre avec les privatisations engagées par la droite et empêcher la renaissance d’une politique de renoncement se limitant à accompagner socialement le processus de libéralisation. Je m’engage donc à prendre une grande initiative politique, dès le mois de mai, pour arracher un moratoire et un bilan de la libéralisation du secteur énergétique en Europe. Les tarifs réglementés seraient pérennisés et leur fixation contrôlée démocratiquement. Pour mieux extraire l’énergie de la sphère marchande, la France proposera à ses partenaires de l’Union européenne de rouvrir le débat sur la directive Cadre des services publics. La proposition d’une Agence européenne de l’énergie permettant de renforcer les coopérations sera défendue auprès des 27 pays de l’UE. Elle permettra de créer les meilleures conditions pour aboutir à une politique énergétique commune à toute l’Europe et donc de repousser le projet actuel de troisième directive visant l’éclatement du modèle d’entreprise intégrée. Les enjeux énergétiques sont de plusieurs ordres : politiques, économiques, sociaux, scientifiques et techniques. Ils concernent tous les Européens. Or, les outils de régulation les plus efficaces pour affronter ces enjeux, ne sont pas la compétitivité et la concurrence dans un marché mondial unique, mais la réponse aux besoins de chaque peuple et la coopération tout azimut. Avec son dogme libéral unique de la concurrence, l’Union se trouve dans la situation de cet ouvrier qui, n’ayant pour seul outil qu’un marteau, fini par croire que tous les problèmes sont des clous. La question de la réappropriation politique, économique, sociale et scientifique des enjeux énergétiques par les Européens est donc posée. Elle passe par la transparence et l’information, le développement de la culture scientifique et technique et des services publics rénovés dans les pays qui le souhaitent.

Q2:Quelle est votre approche de la sécurité énergétique de l’Europe ?

C’est le premier des défis que j’ai abordés précédemment. La sécurité énergétique de l’Union passe par un effort pour réduire la consommation d’énergie primaire et par l’utilisation des énergies renouvelables dans la mesure du possible. 20% d’énergies renouvelables dans l’approvisionnement énergétique de l’Union, avec une amélioration de 20% de l’efficacité énergétique, afin de ramener les émissions de gaz à effet de serre 20% en dessous de leur niveau de 1990 en 2020, tels sont les termes de l’accord concluant le Conseil européen du 9 mars 2007. Oui, ces objectifs sont ambitieux mais irréalistes dans une perspective libérale. Pour les atteindre, il faut sortir l’énergie des griffes du marché et débrancher les grandes entreprises comme EDF et Gaz de France de la Bourse et des fonds de pensions anglo-saxons. Il faut redonner à la puissance publique les moyens politiques de définir les grandes orientations de la France dans ce domaine. Si l’énergie est à l’économie ce que le sang est la vie, alors nous devons nous engager dans ce combat pour que ce secteur ne soit pas livré aux intérêts de la finance. La sécurité d’approvisionnement en gaz de notre pays et de l’Europe est une question hautement politique. Elle a été assurée par le respect des équilibres contenus dans les contrats long terme scellés avec les pays producteurs. En donnant la possibilité aux actionnaires privés de mettre la main sur la gestion de ces contrats, nous nous exposons à de graves déconvenues. Les réserves gazières alimentant la France sont sous la responsabilité d’entreprises d’Etats comme Gazprom (Russie) et la Sonatra (Algérie). Déclarer la guerre aux contrats à long terme, c’est se tirer une balle dans le pied. La réaction des pays producteurs risque de nous placer en situation difficile pour l’avenir. Déjà, ces entreprises ont annoncé leur volonté de prendre des parts de marché dans la distribution du gaz au sein des pays consommateurs. Et, derrière elles, il y a la puissance publique de ces pays et peut être demain un OPEP gazier. Au lieu d’opter pour cette fuite en avant, l’Europe aurait plutôt intérêt à se doter d’une "centrale d’achat d’énergie" lui permettant de parler d’une seule voie face aux pays producteurs et de renouer avec les accords mutuellement avantageux. A la concurrence et la dictature des actionnaires, je veux faire prévaloir la coopération, la démocratie et le renforcement de la maîtrise publique. Je crois que, sur ces bases, la France ne serait pas isolée. Elle pourrait au contraire contribuer à ouvrir une voix de progrès pour construire l’Europe de l’énergie.

Q3:Quel modèle d’ouverture des marchés européens de l’énergie préconisez-vous ? Quelles sont les adaptations voire nouvelles directives que vous comptez porter au nom de la France ?

Comme vous avez pu le constater dans mes deux réponses précédentes et que je confirme dans ma réponse suivante en ce qui concerne la politique énergétique de la France, je suis pour une refonte profonde des traités de l’Union européenne qui sortirait l’énergie de l’économie concurrentielle et des règles du marché. Les propositions que je formule dans ce cadre se trouvent dans mes deux premières réponses.

Q4:Quelle politique énergétique envisagez-vous pour la France ?

Je propose pour notre pays une politique énergétique qui s’inscrit dans le long terme. Celle-ci est incompatible avec la logique du marché et de la concurrence et la privatisation des entreprises. C’est en dégageant les entreprises de service public de l’énergie de l’économie concurrentielle, qu’elles ont pu et pourront répondre au mieux aux besoins de consommation de tous et stimuler une croissance respectueuse de l’environnement, garantissant la sécurité. La participation effective de tous les citoyens aux choix stratégiques de ces entreprises, biens de la Nation, des pouvoirs nouveaux d’intervention des salariés et usagers, sont incontournables pour une avancée démocratique réelle et un nouvel épanouissement humain dans le travail. Notre pays doit, en premier lieu, valoriser ses atouts. Le principal d’entre eux est son système de production d’électricité. Il associe essentiellement hydraulique et nucléaire et a montré tous ses avantages. Il assure une indépendance énergétique grâce à ses grandes facilités de stockage sur plusieurs années des combustibles nucléaires. Emettant un minimum de gaz à effet de serre, il est une réponse pertinente au réchauffement climatique. Le coût stable du kWh qu’il produit peu sensible aux évolutions des marchés monétaires, favorise la compétitivité économique, l’emploi qualifié et le droit à l’énergie. Les réserves de combustibles fissiles et l’utilisation de toutes leurs potentialités (les réacteurs à neutrons rapides) renvoient les problèmes d’épuisement à plusieurs siècles, le temps de la relève avec le photovoltaïque, les piles à combustibles et peut-être la fusion. Pour répondre aux besoins d’électricité des Français, assurer la continuité de l’effort de recherche en direction des réacteurs de quatrième génération et maintenir notre potentiel industriel nucléaire, la France doit dès maintenant réaliser les meilleures conditions d’un renouvellement de son parc nucléaire à partir de 2015 en construisant à Flamanville, dans les plus brefs délais, le prototype EPR (European Pressurized Reactor appartenant à la troisième génération de réacteur). Par ailleurs, les réacteurs de première génération qui fonctionnent dans de bonnes conditions de sûreté et de sécurité doivent pouvoir prolonger leur durée de vie afin d’éviter les gaspillages financiers et les problèmes sociaux que leur arrêt prématuré engendrerait. Dans ce contexte, je considère que toute la production d’énergie et son transport doivent relever du secteur public et nationalisé intégrant verticalement la production et le transport d’énergie. Tant pour des utilisations industrielles que pour la production d’électricité "en pointe de la demande" le charbon devient indispensable si nous voulons éviter les tensions prévisibles sur les prix des hydrocarbures. Je suis donc favorable à une relance du charbon, nécessaire techniquement, mais aussi comme facteur d’indépendance énergétique puisque notre pays possède, comme l’Europe, des réserves de qualité de ce combustible. Mais cette relance doit s’intégrer à un effort important pour le rendre plus "propre" au regard du réchauffement climatique, notamment en introduisant le plus rapidement possible les techniques de capture et de séquestration du CO² en cours de développement. Force est de constater aujourd’hui que les décisions d’abandon du charbon en 1994 et poursuivies jusqu’à son terme en 2004 sur la base des seuls critères de compétitivité ont été des décisions de myopes sur les enjeux énergétiques de long terme. Le troisième volet concerne les efforts qu’il faut engager dans l’amélioration de l’efficacité énergétique avec un volet important relatif au chauffage du secteur tertiaire et résidentiel. Il en va de même pour les énergies renouvelables. L’effort de recherche à faire dans ces deux directions nécessite l’engagement conséquent des entreprises du secteur énergétique. Toutefois, malgré leurs attraits et leurs atouts incontestables, la mise en œuvre des énergies renouvelables à grande échelle a un coût très supérieur aux autres formes d’énergie du fait de leur caractère plus ou moins diffus. Utiles dans certaines conditions, elles ont des limites technologiques, environnementales et économiques qu’il convient de prendre en considération. Un aspect important de la politique énergétique concerne le volet des transports que je n’aborderais pas dans cette réponse à vos questions. Le quatrième volet de la politique énergétique que je propose concerne les approvisionnements en hydrocarbures essentiellement. Les principes que je compte proposer se trouvent dans la réponse à votre deuxième question.

Q5:Quel avenir envisagez-vous pour les entreprises publiques énergétiques françaises ?

Pour que notre pays assume dans les meilleures conditions sociales économiques et politiques les évolutions urgentes de son système énergétique rendues indispensables par l’épuisement des hydrocarbures et le réchauffement climatique, il doit se doter d’un outil qui permette d’assurer la conduite cohérente et socialement supportable de cette mutation dans la recherche d’un développement durable et solidaire : un pôle public de l’énergie. Ce pôle public de l’énergie doit être doté de moyens importants lui permettant de peser sur les orientations des différents acteurs de la politique énergétique. Sa gouvernance doit être assurée pour permettre l’intervention directe des citoyens dans les choix stratégiques et l’élaboration des scénarios préfigurant les situations énergétiques du futur. Cette gouvernance doit réunir les représentants de l’Etat, des élus, ceux des salariés des différents acteurs de la politique énergétique et ceux des citoyens usagers. La transparence de sa gestion et de ses choix, sa gouvernance démocratique, le décloisonnement entre les différents acteurs de l’énergie, seraient les marques d’une véritable désétatisation des services publics. Ce pôle garantirait la maîtrise publique et la cohérence de toutes les questions touchant à la politique énergétique. Ses activités seraient guidées par les objectifs suivants. Il privilégierait les choix stratégiques susceptibles d’assurer le droit à l’énergie pour chacun au travers d’un prix accessible par tous. Pour préserver les ressources de la planète, il veillerait à ce que les différentes formes d’énergie soient adaptées à chaque utilisation de manière à ce qu’elles soient complémentaires et non concurrentes. Il créerait les conditions pour que les choix stratégiques soient gouvernés par la maîtrise publique afin que le pays ne se trouve pas dans des situations de pénurie énergétique engendrée par une sous-estimation de l’effort de recherche et des investissements de long terme. Ce pôle public de l’énergie pourrait intervenir dans le domaine de l’aménagement du territoire en relation avec les collectivités territoriales. Il impulserait les programmes d’économie d’énergie au sein du logement. Il serait un acteur important de la politique de coopération de la France en Europe et dans le monde. La mondialisation le conduirait à réfléchir à l’articulation entre biens publics mondiaux et services publics locaux, au concept d’entreprise publique Européenne et à leur maîtrise sociale. Tout en respectant la spécificité de chacune des entreprises qui concourent en France aux activités énergétiques, la maîtrise publique doit non seulement être préservée pour celles qui en dépendent (EDF, GDF, CEA, IFP, AREVA, BRGM) mais elle doit s’élargir à celles qui n’en bénéficient plus : TotalFinaElf et Alstom.

Q6:Comment envisagez-vous l’évolution du régime spécial des retraites des Industries Electriques et Gazières ?

Sous prétexte de lutte contre les inégalités, les régimes spéciaux sont confrontés à une dynamique de déconstruction qui vise l’ensemble des salariés des services publics. Je considère pour ma part que l’égalité des droits doit se faire par un alignement sur les conditions les plus favorables et non par un nivellement par le bas. Les régimes spéciaux dont la création est le résultat de luttes menées par les salariés de ce secteur, prennent en compte les particularités de leur activité professionnelle et sont partie intégrante de leurs garanties statutaires. Ils doivent donc être préservé et amélioré. A l’opposé de cela le COR vient de rendre un rapport dans lequel il plaide pour un "allongement des durées d’activité et des durées d’assurance" de ces régimes avec "un objectif d’équilibre financier à l’horizon de 2020". Je m’oppose à cette perspective de recul social et propose des alternatives respectueuses des garanties sociales des salariés. Concernant le régime spécial des IEG je pense qu’il est nécessaire de revenir sur la profonde réforme du financement du régime spécial imposé, dans la douleur, aux salariés de la branche IEG qui le 9 janvier 2003 ont, lors d’une consultation nationale, rejetés majoritairement le relevé de conclusions proposé par la branche professionnelle à l’issue d’une longue négociation. J’estime pour ma part que cette réforme du financement du régime spécial des retraites au sein des IEG est bien en ligne avec le contenu des réformes imposées par le gouvernement. Elle porte en elle les germes d’un alignement sur le droit commun en s’attachant, certes, à pérenniser, dans un premier temps, les droits des salariés afin d’éviter le déclenchement d’un conflit social. Je constate d’ailleurs que depuis la mise en œuvre de cette réforme au sein des IEG tous les régimes spéciaux de retraite sont confrontés à des réformes de financement allant dans le sens d’un adossement au régime général. Au travers cette réforme du financement du régime spécial des IEG patronat et gouvernement ont atteint 3 objectifs politiques essentiels : Défricher la voix de la transformation d’EDF et GDF en SA en obtenant, moyennant le versement d’une soulte, que les régimes de solidarité interprofessionnelle se portent garant, à la place de l’Etat (la levée de la garantie de l’Etat étant consubstantielle de la transformation en SA) du financement des retraites en cas de défaillances d’une entreprise de la branche, permettant ainsi de se libérer de la contrainte imposée aux SA de provisionner les charges sociales de retraites. Enclencher un processus visant à terme l’intégration du régime spécial des IEG dans les régimes de solidarité interprofessionnelle. Le relevé de conclusions comporte a minima 3 dispositions qui marquent cette volonté de rapprochement/adossement/intégration : « Les prestations évolueront…….au regard des évolutions des régimes de retraites », « les cotisations seront harmonisées sur le niveau correspondant aux régimes de solidarité interprofessionnelle », « les liens avec les autres régimes seront pérennisés et complétés par la recherche de la mise en place d’accords avec les régimes de solidarité interprofessionnelle dans des strictes conditions de neutralité financière et de transparence ». Faire supporter l’équilibre financier du régime par les salariés (augmentation de la cotisation payée par les salariés de 7,85 à 12%) à l’instar de ce que le gouvernement actuel propose pour l’ensemble du monde du travail. Sur la question du financement je considère, pour ma part, qu’il faut dissocier la problématique posée au régime général de celle que nous connaissons au niveau des régimes particuliers et notamment celui de la branche IEG. Pour le régime général, nous le savons, sans réforme du financement le système par répartition va droit dans le mur ! Le nombre de personnes de plus de 60 ans, actuellement de 12 millions, devraient passer à 22 millions en 2040 ce qui se traduirait, dans l’hypothèse d’un gel des dépenses de retraites (12% du PIB actuellement), par une régression du taux de remplacement de 78 % à 35 % tous régimes confondus, c’est la mort de système par répartition. C’est dans ce sens que je propose dans mon programme une réforme du financement du régime général de retraite permettant d’injecter les ressources financières nécessaires par la taxation des revenus financiers, la mise en œuvre d’une politique de revalorisation des salaires et de lutte contre le chômage afin de rétablir un droit à la retraite à 60 ans à taux plein (55 ans pour les travaux pénibles), avec 37,5 années de cotisations en développant le système des retraites par répartition. Le sens de mes propositions diffère fondamentalement des solutions mises en avant par le gouvernement actuel et le patronat qui se traduisent dans les faits par une réduction globale des dépenses, par un recul de l’âge à la retraite, une augmentation des cotisations versées par les salariés, une diminution substantielle du pouvoir d’achat des retraités et des veuves et tout cela sur fond de désengagement des entreprises du financement de ce régime solidaire. Pour le régime particulier des IEG, même si comme pour le régime général, nous allons être confrontés au choc démographique, nous pouvons dire qu’en absence de réforme du financement, le régime était tout à fait viable dans la mesure où l’apport financier nécessaire au financement des retraites était automatiquement assuré par les entreprises de la branche dans le cadre de la contribution d’équilibre. C’est d’ailleurs cette référence positive pour l’ensemble des salariés du pays que les patrons de la branche ont voulu remettre en cause en imposant une augmentation de 4 points de la cotisation salariale. Le signe donné par cette mesure est clair : les besoins de financement nécessaires pour le régime ne seront plus supportés par les entreprises de la branche mais par les salariés. Le patronat a également laissé entendre qu’une réforme était nécessaire car la charge des retraites dans les IEG deviendrait tellement insupportable pour les entreprises que leur compétitivité en serait affectée et donc l’emploi menacé. Quant on intègre, qu’au niveau des IEG, le rapport charges retraites / richesses créées, dans les prochaines décennies va rester stable compte tenu des prévisions de croissance des richesses créées ont mesure l’arnaque. Les immenses profits réalisés par les entreprises de la branche démontrent que les moyens financiers existent pour répondre aux enjeux du financement du régime spécial de retraite des IEG. Par ailleurs, ce système de branche a fait, depuis 1946 la démonstration de son efficacité et de sa capacité à relever les défis liés à la transformation de l’outil industriel et du progrès technologique sans jamais laisser un seul salarié de cette branche sans pension. Pourquoi ce système ne serait pas capable de relever les défis du futur. L’énergie doit relever du secteur public nationalisé. Les entreprises comme EDF et Gaz de France doivent être immédiatement débranchées de la bourse. Un pôle public national à vocation européenne, coiffant l’ensemble du secteur, doit être créé et disposer de moyens lui permettant de faire émerger un nouveau type de développement permettant de dépasser la guerre économique dans laquelle nous évoluons source de gaspillage et de recul social. Dans ce cadre je propose que l’Etat redevienne le garant du financement des retraites au sein de ce secteur. Les entreprises pour leur part doivent assurer l’équilibre financier du régime dans le cadre de la réinstauration du principe de la contribution d’équilibre, la clef de répartition entre les entreprises de la branche doit être révisée afin d’introduire un principe de bonus/malus favorisant celles qui optent pour le développement industriel, l’emploi et le social et pénalisant celles qui font le choix de la financiarisation. Concernant les droits je me prononce pour que chaque salariés de la branche IEG ayant cotisés 37,5 annuités ouvrent droit à la retraite à 55 ans pour les salariés en situation de travaux pénibles ou ayant été exposés à l’amiante et 60 ans pour les autres. Le niveau de pension doit à minima représenter 75% du dernier salaire, les bonifications liées aux nombres d’enfants doivent être revalorisées et les primes et indemnités de tout ordre doivent être intégrées dans le calcul du salaire d’inactivité afin d’éviter les pertes brutales de pouvoir d’achat subie notamment par les agents occupants des fonctions de conduite des installations. Une négociation doit s’ouvrir pour répondre enfin aux exigences de revalorisation du pouvoir d’achat des agents en inactivité de service et des veuves qui ont subi, au cours des vingt dernières années, une perte cumulée estimée à 20%. Enfin, je considère qu’au sein de ce secteur la retraite définie comme une prolongation du traitement d’activité, (salaire d’inactivité de service), doit être pérennisée car ce principe permet de faire face aux situations exceptionnelles en pouvant compter sur la disponibilité et les compétences de salariés attachés aux missions de service public dévoluent à ces entreprises par la nation. Voilà à mon sens ce qu’une gauche courageuse et de responsabilité pourrait engager comme réforme pour améliorer la situation des salariés et promouvoir une autre logique de développement économique.

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