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Michelle Demessine

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Légion d’honneur à Michel Defrance : résistant communiste nordiste

Publié le 28 mars 2017

Le 25 mars, à Wambrechies avait lieu la remise de la Légion d'honneur à Michel Defrance, résistant communiste nordiste.

Ce fut l'occasion d'honorer par cette haute distinction de la Nation un homme qui fit le choix de la Résistance à tout juste 17 ans et qui, depuis, est un militant de la mémoire pour que les générations à venir n'aient jamais à revivre ces heures sombres.

Monsieur le Député, Monsieur l'Adjoint au Maire de Wambrechies représentant Monsieur Janssens Mesdames et Messieurs les élus, Cher Michel Defrance, Monsieur le Président d'Honneur de l'ANACR du Nord, Cher Michel, Madame de la Présidente de l'ANACR, Chère Sylvie, Chers membres de la famille de Michel venus en nombre, Mesdames, Messieurs, Chers amis et camarades,

Je veux m'associer aux remerciements à la ville de Wambrechies, à son Maire, Monsieur Daniel Janssens, pour l'accueil qui nous est fait, ce jour, dans ce magnifique Château de Robersart pour la cérémonie de remise de la Légion d'Honneur à Michel Defrance.

Quelle belle après-midi printanière pour célébrer l'un des plus illustres d'entre nous, notre camarade et ami résistant communiste qui porte le si beau nom de Michel Defrance !

Avant de rentrer dans le cœur du sujet, l'œuvre et la vie de Michel, je n'aurai qu'un mot avec vous : enfin !

Voilà, en effet, plusieurs années que l'ANACR du Nord, ses membres et sa présidente Sylvie Daems se démènent pour que revienne à Michel cette haute reconnaissance de la Nation qui lui est pleinement due, et pour laquelle j'ai eu l'honneur d'interpeller les plus hautes instances de l'Etat en la personne du Premier Ministre.

Mon cher Michel, pour comprendre ton parcours, il faut regarder très loin en arrière. En effet, Michel est issu d'une famille de militants communistes qui a marqué l'histoire ouvrière de Boulogne-sur-Mer.

Ses parents Auguste et Honorine sont des figures marquantes de cette région. Auguste, pilier de la CGTU de l'époque (les années 20-30) fut l'un des principaux animateurs des luttes revendicatives de la région boulonnaise avec les marches des chômeurs de 1934 et les occupations d'usines de 1936.

Mobilisé en juin 1940, Auguste est fait prisonnier. De Guingamp, il s'évade et se réfugie à Paris avec femme et enfant. C'est là qu'il s'engage dans la Résistance et entre dans la clandestinité. Il n'en sortira qu'à la Libération de Paris, après avoir assumé d'importantes responsabilités dans les Francs-Tireurs et Partisans (FTP).

Puis, tout naturellement comme de nombreux résistants, dans la dynamique de l'application des programmes du Conseil National de la Résistance, il participera à la reconstruction de notre pays en 1946. Il sera élu Conseiller de la République, ce qui était le Sénat à l'époque, puis Député du Boulonnais en 1956.

Cet engagement était aussi celui d'Honorine, la mère de Michel. J'ai eu la chance de la connaître, de la rencontrer dans les années 80. C'était une femme forte, chaleureuse, impressionnante, il est vrai qu'elle aussi avait vécu une vie pleine de bouleversements. Je la vois encore avec son joli chignon de cheveux blancs immaculés, toujours impeccable, elle dégageait une grande sérénité, une grande dignité.

C'était en 1983, avec l'Union des Femmes Françaises, dont elle était encore la responsable à Boulogne. Nous avions décidé de réparer un oubli historique et d'écrire dans un livre l'histoire des femmes de notre région, et en particulier celle des femmes de la Résistance. Il s'appelait « Femmes d'ici, 4 générations de femmes dans le Nord-Pas-de-Calais ».

De son témoignage, riche de la vie d'une militante, mère de famille, engagée avec son mari depuis leur union pour la liberté, pour l'égalité, pour la justice sociale, j'avais retenu un épisode que je n'ai jamais oublié et qui m'a profondément marquée.

Car Honorine, la mère de Michel, a vécu l'inimaginable pour une femme : accoucher en prison, pour faits de Résistance, du frère cadet de Michel, Francis, aujourd'hui disparu. Nous avons d'ailleurs une pensée pour lui, et je salue son épouse ici présente, Roselyne. En effet, Honorine était enceinte quand, en 1942, la police française de Vichy, qui recherchait son mari, a débarqué dans leur appartement à Paris. C'est ainsi qu'Honorine et Michel, qui avait 16 ans, ont été arrêtés, la police ayant trouvé des tracts du Parti Communiste dans l'appartement. Toute la famille s'est retrouvée ainsi éclatée, Honorine à la prison de la Roquette, Michel à celle de la Santé et Auguste dans la clandestinité. Ils ne se verront plus avant la fin 43.

Voilà comment, bercé par une ambiance empreinte de valeurs révolutionnaires et humanistes, Michel s'est engagé dans la Résistance à 17 ans à peine.

S'en est suivi pour lui un long périple à travers la France, au gré des arrestations, des évasions et des besoins de la Résistance. Impossible de résumer en peu de temps, tellement c'est riche, le rôle important qu'ont joué ces jeunes héros dont beaucoup l'ont payé de leur vie. Des Guy Mocquet, des Eusebio Ferrari, il y en a eu des centaines comme Michel, et nous leur devons notre Liberté.

Pour revenir à quelques repères du parcours du résistant Michel Defrance, on peut dire que c'était le roi de l'évasion : il s'est évadé 3 fois, il faut dire qu'il avait été initié durant la prison. Donc, très vite après son arrestation à Paris, il s'évade de la prison des Tourelles. Après plusieurs planques, il rejoint les FTP du groupe Félix Cadras en Bretagne, et s'engage dans la lutte armée. Il y mènera avec ses camarades d'importantes actions de Résistance et de harcèlement de l'ennemi.

Il s'appelle alors René, et est responsable du front patriotique de la jeunesse de Côte d'Armor. Le groupe Cadras ayant volé en éclats à cause d'arrestations, il reviendra à Paris où il retrouvera son père, dirigeant national des FTP et repartira dans le Nord, avant d'être envoyé en Seine-et-Marne.

Ces diverses responsabilités dans le combat contre l'occupant lui ont valu d'être élevé au grade d'Adjudant de la Résistance de la France intérieure.

Les combats, arrestations, évasions successives lui ont laissé des traces indélébiles puisqu'en s'évadant du siège de la Gestapo en 1944, il reçoit plusieurs balles dans la jambe, dont il porte toujours aujourd'hui les stigmates.

Comment aujourd'hui ne pas penser, et je sais que Michel y pense tous les jours, à son épouse Henriette, que j'ai bien connue, et avec qui il a formé un couple militant très engagé, et surtout indissociable. Résistante, elle aussi, pendant la Guerre, elle est devenue après 1945, directrice d'école dans le quartier des « biscottes » à Lille Sud puis conseillère municipale déléguée à la ville de Lille pendant 18 ans à laquelle les Lillois doivent beaucoup. Militante pour les droits des femmes, j'ai beaucoup appris à ses côtés lorsqu'elle était Présidente du Comité lilloise de l'UFF. Nous agissons tous aujourd'hui pour que la ville de Lille « baptise » une rue ou un édifice en son nom pour rappeler son rôle, et de mémoire, c'est en bonne voie.

Avec Michel, cette distinction reconnaît et récompense ton engagement pour la libération de notre pays mais elle reconnaît et récompense aussi le rôle que tu n'as cessé de jouer durant toute ta vie pour que nous ne connaissions plus jamais ça.

Je veux parler de la flamme que tu as toujours entretenue dans notre région pour une jeunesse que tu as toujours enjoint à rester vigilante contre le fascisme montant avec ses camarades communistes et combattants de la mémoire, Pierre Charret, ici présent, et ce cher Guy Béziade que nous avons récemment perdu et pleuré.

Enfin, à côté de cet engagement associatif à l'Association Nationale des Anciens combattants et amis de la Résistance (ANACR) du Nord, dont Michel a été pendant 20 ans le Président, je souhaite souligner aussi sa carrière de journaliste qu'il a entièrement accompli à Liberté, notre quotidien communiste régional qui nous est cher.

Je dois pour cela en revenir, au mois de mars 1944 : lors de son passage dans le Nord, Michel fait la connaissance de deux personnes qui vont, de manière indélébile, marquer sa vie alors qu'il n'a que 19 ans et a déjà vécu tant de choses que, espérons, nous ne vivrons plus jamais.

Il s'agit d'André Pierrard, responsable politique du parti communiste clandestin dans le Pas-de-Calais, et d'Henriette Hennebaut, que Michel rencontre simultanément alors qu'il rejoint son camarade André Pierrard, « planqué » chez les parents de sa future femme Henriette, une femme qu'il ne quittera plus jamais et qu'il épousera en juin 1946 au sortir de la guerre.

Or, hasard de l'existence, c'est à ce même André Pierrard, devenu directeur de Liberté après la guerre, que Michel devra son embauche en printemps 1945 dans un journal qu'il ne quittera plus jusqu'à sa retraite.

Lors de ses débuts à Liberté, Michel confiera alors de son propre aveu « ne rien connaître au journalisme » et apprend le métier « comme les autres », c'est à dire « sur le tas ». Il s'initie donc, tour à tour, au secrétariat de rédaction puis finalement à la maquette ce qui lui vaudra de devenir, de l'aveu de ses collègues, un maquettiste de talent notamment aux sports, sa passion, où il effectuera l'essentiel de sa carrière.

A nos yeux et à nos cœurs de militants communistes, Michel a ainsi une place toute particulière car, avec Madeleine Fossier-Duvinage, il est le seul survivant de l'équipe de journalistes qui travaillait à la Libération dans ce journal qui porte le nom magnifique, fort de sens, de Liberté !

Comme tous ceux et celles qui y ont passé leur vie, Liberté constitue pour lui, je crois le savoir, une grande aventure, dure et exaltante à la fois. « Petits moyens mais grand journal ! » avait-t-il même confié à notre ami Jean Louis Bouzin, l'un des anciens directeur du journal.

Pour finir, derrière le résistant, le militant associatif, le journaliste, je veux aussi dire que c'est surtout l'homme que nous honorons aujourd'hui. Toujours plein d'enthousiasme, d'optimisme et d'allant, Michel est de ceux que nous sommes fiers et heureux de connaître.

Je veux ainsi lui dire toute mon affection. Mais je veux aussi lui dire toute ma reconnaissance, qui est celle de ma génération à la sienne.

Nous sommes, je crois, liés ensemble comme par un fil où l'on retrouve cet esprit de rassemblement si cher à Michel Defrance, mais aussi des enseignements sur la nécessité plus qu'actuelle d'engagement politique, et du courage pour nous battre contre l'oppression, quelle que soit la forme qu'elle prend.

La Résistance est, pour ma génération, le sillon que nous avons suivi, le moule dans lequel nous nous sommes formés, et je veux, ici, solennellement émettre le vœu, comme l'a toujours voulu Michel, que ses enseignements soient aussi ceux qui bénéficient aux générations à venir.

Cher Michel, durant ta belle et longue vie, tu as accompli ce que tu estimes être « ton devoir d'homme », tout naturel.

Par ce combat contre l'occupant et pour la liberté, pour que nous puissions vivre en paix. Mais, pour toi, ce combat n'était pas terminé, car ensuite, tu as accompli ta tâche « devoir de mémoire » pendant les 70 années qui ont suivi, avec la même ardeur, la même conviction. Pour toi, c'est une autre Résistance, à celle de l'oubli, à celle de la dénégation.

« Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde » nous alertait Bertolt Brecht et nous vivons en ce moment une période où cette phrase reprend plus que jamais du sens, et sonne à nos oreilles comme une conscience qui fait encore trop défaut. Merci Michel, du fond du cœur, d'avoir été et de rester encore avec tous les autres comme toi, et qui sont là, le porte-parole de cette conscience.

Aujourd'hui, la République te reconnaît par cette haute distinction de la Légion d'Honneur.

C'est bien pour elle, et c'est bien pour vous tous.

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