Eric Bocquet

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Situation sanitaire du Valenciennois : Eric Bocquet et Michelle Gréaume interrogent la Ministre de la Santé

Publié le 20 mars 2018

Ce mardi 20 mars, Eric Bocquet a interrogé Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé, quant à l'état sanitaire du Valenciennois, suite aux études qui ont été réalisées et aux rencontres que Michelle Gréaume et Eric Bocquet ont sollicitées avec les acteurs de la santé et la population du territoire.

Retrouvez ci-dessous la vidéo et le texte de cet échange.

Madame la Présidente,
Madame la Ministre,
Mes chers collègues,

Cette question est consécutive à une visite que nous avons effectuée, ma collègue Michelle Gréaume ici présente et moi-même, dans le Valenciennois il y a quelques temps, arrondissement du département du Nord où nous avons rencontré des professionnels de santé, des personnels soignants et non-soignants, des syndicalistes et des patients.

Ils nous ont confirmé, ainsi que de récentes études le montrent, l'état sanitaire alarmant de ce territoire et de ses habitants. Un seul chiffre : 31% de surmortalité par rapport à la moyenne nationale, plus encore pour certaines pathologies. Triste palmarès que certains professionnels qualifient de véritable épidémie. La population paie là un lourd tribut lié, bien sûr, au passé industriel et minier, mais aussi à la situation économique et sociale du moment. Conséquence, les malades consultent tard, parfois trop tard, et le manque de médecins, de spécialistes, de personnels paramédicaux constitue un obstacle supplémentaire à une situation reconnue déjà comme difficile. Dans ce territoire plus qu'ailleurs, les politiques d'austérité font particulièrement mal, alors qu'il faudrait là un véritable plan de rattrapage sanitaire. Un plan global, qui améliore l'accueil des malades et les soins apportés, mais surtout qui s'attaque aux racines du mal, c'est-à-dire aux inégalités socio-économiques et à la prévention dès le plus jeune âge.

L'hôpital public a, dans ce domaine, un rôle évidemment central à jouer. Nous voulons saluer ici l'implication des professionnels du centre hospitalier de Valenciennes, leur opiniâtreté à refuser tout fatalisme. Ils effectuent un travail admirable mais dans des conditions de plus en plus difficiles, voire précaires. Beaucoup nous ont dit leur souffrance, leurs difficultés, qui touchent toutes les catégories de personnel sans exception. Ils nous ont dit leur crainte de nouvelles suppressions de lit, voire de fermeture d'établissements ou de services, comme c'est le cas pour les urgences de l'hôpital de Denain. Ils nous ont dit les conséquences quotidiennes du manque de moyens financiers et humains, d'un management obnubilé par l'obligation de rentabilité, la chasse aux dépenses jugées inutiles entre guillemets, la recherche permanente de la moindre économie ; et, au final, malgré tous leurs efforts, leur désarroi et leur colère souvent de voir la qualité des soins apportés aux malades se dégrader.

Madame la Ministre, la situation appelle une réponse et des moyens d'ampleur à hauteur de la situation. Elle nécessite, selon nous, un plan de rattrapage, que nous vous demandons de mettre en place au plus vite et dans la plus large concertation. Merci.


Réponse de la Ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn :

Monsieur le Sénateur Bocquet,

Comme vous le savez, nous avons à gérer aujourd'hui une diminution de la démographie médicale, qui n'a malheureusement pas été anticipée par les gouvernements successifs depuis une vingtaine d'années. Alors, vous m'interpellez sur l'accès aux soins, plus particulièrement sur l'accès aux soins autour du centre hospitalier de Valenciennes. Peut-être pour revenir plus spécifiquement sur cet établissement, il s'agit d'un établissement polyvalent, de recours, du territoire de santé du Hainaut et de proximité pour le Valenciennois. Et le centre hospitalier de Valenciennes fait preuve d'une maîtrise médico-économique depuis plusieurs années. Les exercices 2016 et 2017 ont été portés par une forte dynamique d'activité, et ce sont clôturés avec un excédent respectivement de 4,6 millions d'euros et de 2 millions d'euros en ce qui concerne l'année 2017. L'établissement bénéficie aussi d'aides à l'investissement à hauteur de 10 millions d'euros par an, dont 800 000 euros pour la réorganisation de ses activités de psychiatrie avec la construction d'un nouveau bâtiment.

S'agissant de ses effectifs, une augmentation des équivalents temps plein médicaux et non-médicaux est observée sur les trois derniers exercices, avec une augmentation de 6% pour le personnel paramédical, et de 10% pour le personnel médical. En vue de répondre aux besoins de la population, vous l'avez souligné une population en difficulté, le capacitaire de l'établissement a augmenté sur la période, sur les lits de médecine, les lits de chirurgie, en hospitalisation, et également sur les lits de prise en charge ambulatoire. Le nombre de lits et places en obstétrique, psychiatrie, soins de suite et réadaptation est, quant à lui, stable. Le centre hospitalier de Valenciennes contribue donc largement et participe largement à l'accès aux soins, et il est accompagné.

Pour remédier aux difficultés que rencontrent nos concitoyens en matière d'accès aux soins, vous le savez, il n'y a pas une réponse miracle, mais un panel de solutions. L'accès aux soins doit évidemment reposer sur le fait d'accéder à des médecins en ville, mais pas uniquement sur l'installation de médecins mais sur une organisation coordonnée de tous les professionnels de santé d'un territoire. Un programme d'investissement de 400 millions d'euros est en cours, plus de 200 millions d'euros d'aides conventionnelles sont prévues pour aider les professionnels dans les zones sous-dotées, nous facilitons aussi le cumul emploi-retraite des médecins libéraux, mais surtout j'ai lancé la transformation du système de santé au mois de février dont le 5ème chantier concerne les organisations territoriales entre l'hôpital, la médecine de ville, le secteur privé et le secteur public.

Donc Monsieur le Sénateur, nous faisons le nécessaire pour apporter des réponses aux usagers, aux élus. La stratégie de transformation du système de santé viendra, j'espère, conforter nos actions. Qualité et pertinence des soins, ainsi que accès aux soins équitable doivent être la boussole de notre système de santé.


Réplique d'Eric Bocquet

Madame la Ministre, je pense qu'il faut accélérer la cadence, et renforcer vraiment une réelle prise en compte de la situation particulière de l'arrondissement de Valenciennes, qui est, à beaucoup d'égards, sinistré sur le plan sanitaire. Alors, le temps qui nous est imparti ce matin ne permet pas d'aborder tous les aspects, mais vous parlez d'un panel de solutions, mais je crois qu'il y a d'abord la question des préventions.

Je me permettrai de vous adresser, en complément de cette question orale, une question écrite sur deux thématiques : tout d'abord la prévention, qui, selon nous, commence à l'école. Le CESE vient de publier un rapport sur le manque de moyens criant de la médecine scolaire, qui est obligée de se concentrer sur l'urgence. Ainsi, notre académie de Lille dispose en tout et pour tout de 80 postes de médecins scolaires, et 40 d'entre eux ne sont pas pourvus faute de postulants. Voilà une première problématique sur laquelle je me permettrai de vous interroger.

La deuxième est relative à la santé au travail dans un territoire comme celui-là, et ce territoire du Valenciennois est encore très industrialisé. Aussi, je vous interrogerai pour savoir quelles mesures concrètes vous pouvez apporter pour revaloriser la médecine du travail, qui est peu attractive aujourd'hui nous dit-on, tant dans ses missions et ses prérogatives qu'en termes d'effectif car, si rien n'est fait, notre pays ne comptera plus que 2500 médecins du travail à l'horizon 2020, c'est demain, pour 17 millions de salariés. Merci.

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